La justice interdit les tirs de loups lors de chasses

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Un loup photographié à Saint-Martin-de-Vésubie, dans le parc national du Mercantour, le 13 novembre 2012
Un loup photographié à Saint-Martin-de-Vésubie, dans le parc national du Mercantour, le 13 novembre 2012 — Valery Hache AFP

Des chasseurs des Alpes-Maritimes venaient d'être autorisés à tuer des loups à l'occasion de battues aux gibiers: cette liberté inédite a été suspendue net vendredi par un juge des référés de Nice, à la grande satisfaction des associations de défense des animaux sauvages.

«Victoire pour le loup!,» a immédiatement réagi un collectif des principales associations écologistes, qui dénonçait des pratiques d'un autre temps.

«L'autorisation de battues pour une espèce protégée au niveau européen constitue un recul inacceptable en matière de protection de la nature», ont-ils souligné, en déplorant que l'Etat ait pu donner «carte blanche à des chasseurs» sans aucun encadrement officiel.

Face à la difficulté de réduire la population de loups dans le département de France le plus touché par des attaques de troupeaux, la préfecture des Alpes-Maritimes avait autorisé pour la première fois à la mi-septembre les chasseurs à tirer sur des loups lors de battues aux grands gibiers, dans sept zones de chasse précises.

Dans ce cadre, des chasseurs ont tué un loup et une louve, au grand dam de trois associations écologistes qui ont immédiatement saisi le tribunal administratif de Nice.

Un jugé des référés leur a donné raison vendredi, en estimant qu'il y avait effectivement «urgence» à «suspendre» des arrêtés préfectoraux présentant «un doute sérieux» de légalité.

Il s'est appuyé sur un arrêté gouvernemental stipulant que les opérations de «tirs de prélèvements» de loups se faisaient sous la supervision de fonctionnaires de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), éventuellement avec l'aide de chasseurs bénévoles formés par cette organisation.

Le juge avait écouté mercredi pendant deux heures les avocats des trois associations et de la préfecture.

Le conseil de la préfecture, David Barjon, avait argué que l'ONCFS exerçait un contrôle avant et après ces battues de chasseurs.

«L'équipement de protection des troupeaux (enclos, chiens) coûte 1,2 million d'euros par an au département. S'y ajoutent près de 800.000 euros d'indemnisation des éleveurs», a-t-il souligné, en rappelant que le département «concentre 40% des attaques au niveau national» (664 en 2012).

«Le loup s'est adapté, il a progressivement contourné les dispositifs de défense», a insisté l'avocat de la préfecture. Ainsi, les cinq «patous» d'un éleveur du village de Villeneuve-d'Entraunes ont été récemment attaqués, provoquant la mort de deux de ces chiens de protection.

«La totalité du quota français peut-il être tué dans les Alpes-Maritimes?», a interrogé le juge.

Dans ce département, les chasseurs étaient autorisés à tuer un nombre illimité de loups lors d'une partie de chasse.

Le gouvernement a plafonné «les prélèvements» de loups à 24 cette année, représentant environ 10% de leur population estimée dans les massifs français.

«Seuls quatorze loups ont été tués dans le département en neuf ans, dont quatre durant l'été», avait précisé Louis Bernard, responsable de l'ONCFS pour les Alpes-Maritimes.

'No man's land'

«Une battue peut être organisées à partir de deux chasseurs. On est dans un no man's land ! Tous les chasseurs de France voudraient tuer un loup», avait rétorqué Me Benoît Candon, représentant l'Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) à l'origine de la requête, ainsi que Ferus (association de protection du loup, du lynx et de l'ours).

L'avocat s'était dit «excédé que l'Etat considère que les montagnes sont l'attribut des éleveurs», alors que «les randonneurs aimeraient rencontrer des loups».

Son confrère Mathieu Victoria, qui défendait l'association France Nature Environnement, s'est montré satisfait vendredi d'une décision allant dans le sens «d'une présence pérenne du loup dans nos territoires».

Fort de cette victoire, Me Candon vient de déposer des requêtes contre d'autres arrêtés permettant aux chasseurs d'abattre des loups dans les Alpes-de-Haute-Provence et la Drôme.

Dans une première réaction, la chambre d'agriculture des Alpes-Maritimes a demandé à l'Etat «de remettre en cause cette décision». «Les éleveurs du département vont réagir très rapidement avec des actions sévères», a-t-elle prévenu.

Le président UMP du Conseil général des Alpes-Maritimes Eric Ciotti et un élu de la commune de montagne Péone-Valberg, Charles-Ange Ginésy, ont dénoncé vendredi soir «une forme d'intégrisme environnementaliste» qui met en danger le pastoralisme de montagne «déjà fragile».