Suisse: changement climatique à l'oeuvre au glacier de Morteratsch

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La marche de la station de Morteratsch jusqu'au glacier du même nom, dans les Alpes suisses, doit se faire dans une vallée envahie d'une moraine de rochers laissés là par la glace qui a fondu.
La marche de la station de Morteratsch jusqu'au glacier du même nom, dans les Alpes suisses, doit se faire dans une vallée envahie d'une moraine de rochers laissés là par la glace qui a fondu. — Fabrice Coffrini AFP

La marche de la station de Morteratsch jusqu'au glacier du même nom, dans les Alpes suisses, doit se faire dans une vallée envahie d'une moraine de rochers laissés là par la glace qui a fondu.

En 1900, il fallait parcourir un kilomètre depuis le village pour arriver à la glace, aujourd'hui il faut marcher deux kilomètres de plus.

«J'ai suivi cette fonte. C'est à la fois fascinant et effrayant», raconte Ursula Reis, 73 ans, une marcheuse de Zurich, qui vient pratiquement tous les ans depuis 1953 sur ce glacier des Grisons, près de l'Italie, au sud-est de la Suisse.

Tout le long du chemin, des panneaux rappellent les niveaux de la glace et les dates correspondantes.

Les scientifiques observent attentivement le phénomène et estiment que seul le sommet du glacier a une chance de voir le prochain siècle. «Les glaciers sont un signe direct du changement climatique», souligne Samuel Nussbaumer, du Centre de surveillance des glaciers dans le monde à l'université de Zurich.

Si on se tient là où arrivait le glacier en 1950, sa base est aujourd'hui à 1.600 mètres de là, cachée derrière une forêt de hauts arbres qui a poussé depuis, et même si on est au niveau du panneau 2010, le bas du glacier est 200 mètres plus loin, dans un vacarme d'eau se transformant en torrent.

«C'est là que vous pouvez voir la vitesse avec laquelle la glace fond», constate Gian Luck, un guide de montagne, se tenant sur la moraine de roches qui, il y a trois ans, étaient cachés par un système de grottes de glace qui se sont brusquement effondrées.

Un rapport en 2011 du Centre européen sur le changement climatique note que depuis 1850 plus de la moitié des zones couvertes de glace dans les Alpes ont disparu, le volume de la glace diminuant de deux tiers.

Le rythme de fonte s'accélère

Entre 2000 et 2010, les glaciers alpins ont perdu en moyenne plus d'un mètre d'épaisseur chaque année.

«Ils diminuent, et le rythme augmente», souligne M. Nussbaumer, expliquant que les vents et les précipitations jouent un rôle mais que la hausse des températures est la principale explication.

Dans les Alpes, les glaciers couvrent 2.900 kilomètres carrés dont 1.342 se trouvent en Suisse.

Les scientifiques indiquent qu'une hausse de 4 degrés des températures par rapport au niveau d'aujourd'hui ferait pratiquement disparaître toute glace dans les Alpes en 2100.

Les Alpes, comme l'Arctique et l'Antarctique, sont considérés comme les zones les plus vulnérables, où le réchauffement peut être deux à trois fois supérieur à la moyenne.

«Ces géants pourraient disparaître le temps d'une vie humaine, ou même moins», pense Sergio Savoia, qui dirige le groupe alpin suisse du WWF, le Fonds mondial pour la nature. Il appelle à se préparer à de sérieuses conséquences.

Dans le monde, la fonte des glaciers est un des principaux facteurs de la hausse du niveau des mers, et des détails devraient être fournis sur ce point dans le rapport de l'ONU sur le réchauffement climatique qui sera publié vendredi prochain à Stockholm.

Mais les glaciers alpins ne sont pas concernés, ils n'ajouteraient qu'un millimètre au niveau des océans. En revanche, les conséquences sur la région seraient dramatiques. Ils alimentent en été plusieurs systèmes fluviaux européens, le Rhône, le Pô, le Danube, le Rhin.

Si les glaciers disparaissaient, les effets seraient ressentis dans toute l'Europe, prévient M. Savoia.

Les tentatives de couvrir la glace de bâches ne sont «qu'une manifestation de notre impuissance», souligne-t-il, seule une action globale peut ralentir le phénomène.

«Vous marchez et vous marchez, les panneaux défilent, + ici était le glacier+ mais tout est vert. Tout d'un coup, il est là. Il est réellement grand. C'est de l'eau et de la glace, mais elle vit. C'est comme un dinosaure, en train de mourir», remarque un promeneur allemand, Guenther Baldauf, 45 ans, qui grimpe pour la première fois au Morteratsch.