Conférence environnementale: Des paroles mais peu d'actes

ECOLOGIE Depuis la première Conférence environnementale de septembre 2012, François Hollande et le gouvernement ont-il concrétisé leurs engagements?...

Audrey Chauvet

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François Hollande lors de l'ouverture de la conférence environnementale, à Paris, le 14 septembre 2012.
François Hollande lors de l'ouverture de la conférence environnementale, à Paris, le 14 septembre 2012. — Jacky Naegelen/AP/SIPA

C’était une grande première: en septembre 2012, le gouvernement réunissait tous les acteurs de l’environnement pour une conférence qui devait placer l’écologie au même niveau de priorité que les questions sociales. Dans un discours ferme sonnant doux aux oreilles des ONG et des écologistes, François Hollande avait alors engagé la France vers «l’excellence environnementale». Alors que s’ouvre la seconde édition de la Conférence environnementale, les 20 et 21 septembre, le constat est souvent amer.

La transition énergétique patine

Malgré le débat national sur la transition énergétique, qui n’a pas réellement passionné les Français, les ONG dénoncent la frilosité du gouvernement. Que ce soit la réduction de la part du nucléaire ou la fermeture de Fessenheim en 2016, Greenpeace estime qu’il y a eu un «recul faramineux»: «Philippe Martin a déclaré qu’il n’était pas certain que Fessenheim ferme fin 2016 et les conclusions du débat sur la transition énergétique ne contiennent qu’une vague promesse de faire une étude de faisabilité technique pour passer à 50% d’énergie nucléaire en 2025», déplore Sébastien Blavier, chargé de campagne nucléaire chez Greenpeace.

Les énergies renouvelables ne sont pas non plus à la fête, malgré une simplification des règles administratives notamment sur l’éolien dont les installations ne doivent plus comporter cinq mâts au minimum. «Il y a toujours un énorme manque de visibilité sur les tarifs d’achat à long terme dans l’éolien et cela fait fuir les investisseurs», estime Sébastien Blavier. Déception également sur la rénovation thermique des logements, qui devait permettre de mettre aux normes un million d’habitations par an. «Le plan bâtiment rédigé par le ministère de Cécile Duflot ne contient pas d’objectif de gain énergétique», reproche Sébastien Blavier, de Greenpeace.

Trouver du gaz, peut-être, de l’argent, moins certainement

Le dossier houleux des gaz de schiste n’est pas beaucoup plus rassurant. Les revirements juridiques et les déclarations contradictoires des ministres laissent toujours planer le doute sur la possibilité d’exploiter un jour les réserves françaises. «La loi du 13 juillet 2011 n’interdit que la fracturation hydraulique, pas l’exploitation des gaz de schiste, précise l’avocat Arnaud Gossement. Même si aucun industriel en France n’a encore proposé d’autre technique, il faut rester vigilant car les terrains sont préemptés, le matériel est là et il y a un risque qu’ils procèdent à une fracturation hydraulique sans qu’on le sache».

Le gouvernement s’était engagé en 2012 à mettre la main au porte-monnaie pour financer la transition écologique, notamment en mettant en place une fiscalité écologique. Mais là, «il n’y a eu aucune avancée et même plutôt un recul avec le nouveau décalage de la taxe kilométrique poids-lourds», regrette Mathieu Orphelin, de la Fondation Nicolas Hulot. Philippe Martin a annoncé une contribution climat-énergie fin août mais sans indiquer son niveau, sa progression ni les mesures de soutien qui l’accompagneront pour aider les gens à adopter des comportements plus vertueux». Quant à la taxe carbone aux frontières, pour laquelle François Hollande semblait vouloir s’engager pour entraîner les autres pays européens, elle est toujours au point mort. «Il ne faut pas prendre ce prétexte pour ne rien faire au niveau national», rappelle Mathieu Orphelin.

Passer des paroles aux actes

Seule la biodiversité pourrait se féliciter de la création d’une agence dédiée. «Sur le fond, elle correspond aux attentes sauf sur un point: elle n’inclut pas l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONFCS), qui est pourtant crucial pour la biodiversité ordinaire», observe Christophe Aubel, directeur de l’association Humanité et biodiversité.  «Cela dit, le vrai point important, c’est le financement, poursuit Christophe Aubel. Il faudrait 500 millions d’euros issus des investissements d’avenir pour des actions de sauvegarde de la biodiversité faute de quoi les dynamiques locales, notamment autour des trames vertes et bleues, vont s’essouffler.»

Alors que Paris s’apprête à accueillir en 2015 une conférence des Nations unies sur le climat cruciale pour parvenir à un accord international, la France est encore bien loin de donner l’exemple aux autres pays. «2015 se joue maintenant si on veut dire que la France est sur la voie du changement», avertit Mathieu Orphelin. La seconde Conférence environnementale sera une occasion à saisir pour le gouvernement de passer des paroles aux actes.