L'environnement, un poison quotidien

SANTE Des hôpitaux ont lancé des consultations spécialisées en santé et environnement...

Audrey Chauvet
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Un caddie de supermarché, à Lyon, en 2009
Un caddie de supermarché, à Lyon, en 2009 — AFP PHOTO JEAN-PHILIPPE KSIAZEK

Ils sont partout: dans nos aliments, nos meubles, nos produits cosmétiques, nos téléphones portables et même dans l’air que l’on respire. Les polluants, produits toxiques ou ondes ont envahi notre quotidien au point de nous rendre malades. S’il existe encore peu de preuves établies des liens entre ces poisons et la santé, les médecins se penchent de plus en plus sur le problème.

Ainsi, au CHRU de Brest, le docteur Pascale Choucroun a créé en 2010 une consultation santé-environnement durant laquelle elle reçoit des personnes atteintes de troubles liés à des produits chimiques ou aux ondes électromagnétiques. «Leurs symptômes, ce sont souvent des sensations de malaise, des maux de tête, des vertiges ou des picotements, explique le médecin. Certains ne tolèrent plus aucune odeur: plus ils traînent ça longtemps, plus le champ de ce qu’ils ne supportent pas s’élargit.»

A la limite de l’exclusion sociale

Ces consultations spécialisées sont précieuses pour les malades, dont les médecins traitants ont bien du mal à expliquer le malaise. Ainsi, Sophie, parisienne de 43 ans, a dû aller consulter le professeur Belpomme, cancérologue précurseur dans la recherche entre cancers et environnement, pour trouver d’où venaient ses problèmes. «C’est lui qui m’a diagnostiquée électro-hypersensible, explique-t-elle. Lorsque j’ai commencé à avoir des troubles du sommeil, des problèmes cardiaques, des essoufflements, des pertes de mémoire et que j’étais sans cesse épuisée, mon médecin m’a prescrit du magnésium et m’a fait faire un bilan sanguin. Mais j’ai été dans un très mauvais état pendant un an.»

Sophie est en arrêt maladie depuis deux ans, incapable de retourner travailler dans la tour Montparnasse où les ondes des téléphones lui donnent «des douleurs dans le cœur et la sensation d’être traversée par un flux d’énergie». Comme de nombreux autres électro-hypersensibles, elle a frôlé l’exclusion sociale et aimerait que les malades bénéficient d’un statut leur permettant de vivre décemment malgré leur maladie. «Je vois souvent des gens au chômage, témoigne le Dr Choucroun. Pour les phénomènes allergiques ou irritatifs à domicile, on peut facilement améliorer la situation en éliminant les allergènes. Mais au travail, c’est plus difficile car nous n’avons pas toujours accès aux locaux, c’est de la responsabilité du médecin du travail de se saisir du problème.»

Inégaux devant la maladie

Dans son cabinet, Pascale Choucroun voit de plus en plus de patients de tous âges, parfois des enfants atteints d’asthme envoyés par leur médecin. Elle travaille main dans la main avec la mairie de Brest, qui a embauché en 2012 une technicienne pour se rendre, sur prescription médicale, au domicile des malades afin d’y relever les niveaux d’exposition à quelques éléments physiques ou chimiques. Mais chaque patient reste «un projet de recherche à lui seul», explique le médecin: au-delà d’identifier la cause des troubles, il faut ensuite trouver pourquoi il y est devenu hypersensible. «Nous ne sommes pas tous égaux, reconnaît le docteur Choucroun. La génétique joue, mais également l’alimentation, qui peut créer des déficits, ou une mauvaise hygiène de vie qui va favoriser le déclenchement d’un état pathologique.»

Des consultations de la sorte fleurissent un peu partout en France, de Montpellier à Paris, preuve de l’inquiétude croissante des Français face à leur environnement. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) présentera en novembre prochain les premiers résultats de son programme national santé-environnement et le ministère de la Santé devrait adopter une «stratégie nationale» contre les perturbateurs endocriniens. En attendant, les malades se réfugient dans quelques rares endroits vierges de toute pollution chimique ou magnétique, au prix, bien souvent, de leur vie sociale ou de leur emploi.