Pourquoi la disparition du panda est-elle un danger pour nous?

PLANETE La nuit de la chauve-souris, les 24 et 25 août, nous interroge sur la nécessité de sauver certaines espèces apparemment inutiles...

Audrey Chauvet

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Le bébé panda né au zoo de San Diego en juillet 2012, le 18 octobre 2012.
Le bébé panda né au zoo de San Diego en juillet 2012, le 18 octobre 2012. — Ken Bohn/AP/SIPA

Prenons un homme occidental, trentenaire, père de famille, résidant d’une grande métropole européenne. Sauver les pandas, il veut bien, mais il se demande quand même à quoi ça peut bien lui servir ces grosses bestioles paresseuses qui vivent à des milliers de kilomètres de lui. Si les pandas, les koalas ou les ours blancs venaient à disparaître de la surface de la planète, ça lui ferait bien un peu de peine parce qu’ils sont mignons, mais ça ne changerait pas sa vie quotidienne. Et s’il se trompait?

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A table grâce aux loutres de mer

Comme tout le monde, notre héros écolo en devenir mange trois fois par jour. Il aime bien le poisson et pour son pavé de cabillaud à l’oseille, ce n’est pas seulement aux pêcheurs (ou à sa marque de surgelés préférée) qu’il doit dire merci. Toutes les espèces qui peuplent les mers sont un maillon de la chaîne qui permet aux espèces que nous mangeons de survivre. L’écologue Robert Barbault, dans l’ouvrage Biodiversité, notre avenir est dans les choux (éd.Terre sauvage/Nature et découvertes) explique qu’il «ne faut pas raisonner en isolant telle ou telle espèce des autres».

Et de donner pour exemple la loutre de mer d’Alaska, dont on pourrait douter de l’influence sur notre vie: devenue la proie des orques lorsque ceux-ci n’ont plus trouvé de phoques à dévorer, ces derniers ayant été privés de leurs poissons préférés par la surpêche, la loutre a vu sa population fondre comme banquise sous le réchauffement climatique. Le problème, c’est que les loutres mangeaient les oursins, qui se sont alors mis à proliférer, envahissant le tapis d’algues de la côte et privant ainsi les poissons et coquillages de leur habitat et de leur nourriture. Et qui dit plus de poissons dit plus de pavé de cabillaud à l’oseille pour le dîner. 

«Des répercussions en cascades imprévisibles»

«Dès que l’on touche à quelque chose, on provoque des répercussions en cascades imprévisibles et difficiles à contrôler», résume Robert Barbault. C’est pour ça que les spécialistes sont tous d’accord sur le fait que préserver des écosystèmes entiers est plus important que de préserver telle ou telle espèce. Ainsi, la disparition du panda géant dans la forêt chinoise ne serait pas dramatique en elle-même pour notre sceptique occidental, mais elle serait due à des perturbations écologiques qui, elles auraient à long terme de graves répercussions: déforestation, changement climatique, appauvrissement des espèces végétales…

Sans compter que si le panda disparaissait, il y a de grands risques pour que d’autres espèces autour de lui disparaissent. Notre panda adoré joue ainsi un rôle «d’espèce parapluie» : il attire l’attention, si possible les fonds pour sa sauvegarde, et sa protection permet de mettre à l’abri une multitude d’autres espèces moins médiatiques. «On protège mieux ce que l’on aime, reconnaît Delphine Delord, directrice de la communication du zoo-parc de Beauval (Loir-et-Cher) qui a accueilli l’an dernier deux pandas chinois. En protégeant l’espace vital d’un animal, on protège aussi d’autres animaux moins aimés». Mal-aimés, mais tout aussi utiles: insectes pollinisateurs pour produire des légumes, bactéries filtreuses pour avoir de l’eau potable, molécules végétales pour fabriquer des médicaments…

Manger, boire, se soigner, ça lui parle ça à notre désormais écolo convaincu. «Nous réalisons bien tardivement nos liens profonds avec le tissu vivant, déplore Robert Barbault. Nous en faisons intimement partie et, quand nous y touchons, nous faisons bouger l’ensemble. Une fois l’une des mailles défaite, il est difficile de raccommoder le tissu: ne reste plus qu’à attendre et à observer comment les choses vont se rééquilibrer avec le temps. Mais a-t-on vraiment le temps d’attendre?»