Les ostréiculteurs aux prises avec une surmortalité des huîtres

© 2013 AFP

— 

La filière ostréicole française doit faire face à une nouvelle crise. Après avoir connu une surmortalité des jeunes huîtres, les populations adultes sont aujourd'hui massivement touchées avec des taux de mortalité pouvant atteindre 65%.
La filière ostréicole française doit faire face à une nouvelle crise. Après avoir connu une surmortalité des jeunes huîtres, les populations adultes sont aujourd'hui massivement touchées avec des taux de mortalité pouvant atteindre 65%. — Frank Perry AFP

La filière ostréicole française doit faire face à une nouvelle crise. Après avoir connu une surmortalité des jeunes huîtres, les populations adultes sont aujourd'hui massivement touchées avec des taux de mortalité pouvant atteindre 65%.

«De la Normandie à la Méditerranée, personne n'est épargné», affirme Olivier Laban, président de la Section régionale conchylicole (SRC) Arcachon-Aquitaine.

Ce nouveau coup dur pour la profession est dû à une bactérie mortelle, au nom barbare de +vibrio aestuarianus+.

Elle entraîne des «taux de mortalité importants, allant de 15% à pratiquement 65% sur certains lots», affirme Tristan Renault, responsable de l'unité Santé, génétique et microbiologie des mollusques à l'Institut français pour l'exploitation de la mer (Ifremer).

«Elles meurent dans l'eau sans même qu'on y touche», déplore désemparé Denis Bellocq, ostréiculteur à Gujan-Mestras, sur le bassin d'Arcachon.

Les échantillons analysés par l'Ifremer provenaient notamment de l'étang de Thau, sur la Méditerranée, du lac d'Hossegor (Landes), d'Arcachon (Gironde), de Charente-Maritime, de Bretagne nord et de Normandie.

Si le mal est aujourd'hui connu, les causes de la présence de cette bactérie mortelle sont plus compliquées à identifier.

«On peut suspecter que les conditions climatiques de 2013 sont plutôt favorables à la prolifération de la bactérie dans l'environnement», estime le chercheur.

M. Renault évoque notamment «l'élévation des températures après un printemps froid» et «des pluies très importantes au printemps» qui ont eu une incidence sur la salinité de l'eau.

«Cela touche essentiellement les huîtres issues d'écloseries, avec de 50 à 80% de taux de mortalité» alors que «les huîtres naturelles sont touchées dans une moindre mesure, avec des taux de 8 à 10%», constate de son côté M. Laban, tout en redoutant que les premières viennent contaminer les huîtres naturelles en élevage.

Un phénomène apparu l'an dernier

Ce phénomène de surmortalité des huîtres adultes, qui a tendance à s'arrêter depuis quelques jours, est apparu l'an dernier, notamment en Bretagne, mais dans de moindres proportions.

«Cette année, nous sommes beaucoup plus impactés», souligne Gérald Viaud, président du Comité national conchylicole. «On est dans la continuité de ces surmortalités mais depuis quelque temps, cela a pris une autre dimension car cela touche toutes les tranches d'âge», souligne M. Viaud.

En effet, depuis 2008 l'ostréiculture connaît une crise en raison de la présence d'un herpès virus qui a décimé jusqu'à 75% des jeunes huîtres (naissains).

«C'est d'autant plus traumatisant qu'on était prêts à mettre ces huîtres adultes sur le marché après les avoir travaillées pendant trois ans», explique M. Bellocq. Estimant la perte de sa production à 60%, il a préféré arrêter d'approvisionner certains clients ou de le faire dans de moindres quantités.

«Jusqu'en 2008, quelque 130.000 tonnes d'huîtres étaient commercialisées chaque année, et petit à petit ça baisse. L'an dernier, on en a eu 80.000 et cette année, on devrait passer au-dessous de ce chiffre», déplore M. Viaud.

Selon ce responsable de la profession, il est cependant difficile de donner des chiffres car «comme nous avons moins de cheptel l'effet de mortalité ressort d'avantage». «En septembre on aura davantage de précisions et de chiffres sur ce phénomène», souligne-t-il.

Le président de la fédération française conchylicole estime que «la profession est en phase d'alerte grave» et il en a averti les services de l’État. Pour sa part, M. Laban, demande aux autorités d'ouvrir une enquête épidémiologique pour connaître les raisons de ces mortalités.

Pour l'Ifremer, une seule solution apparaît aujourd'hui pour faire face à ce phénomène: «trouver une solution pour obtenir des animaux plus résistants», indique M. Renault.