A quoi ressemblerait le ministre de l'Ecologie parfait?

POLITIQUE «20Minutes» est parti à la recherche du ministre de l'Ecologie idéal...

Audrey Chauvet
— 
Corinne Lepage, Dominique Voynet et Roselyne Bachelot, en 2005.
Corinne Lepage, Dominique Voynet et Roselyne Bachelot, en 2005. — FRANK PERRY/AFP

«Gouvernement cherche ministre de l’Ecologie». Bien sûr, ça ne se passe pas exactement comme ça, mais si Jean-Marc Ayrault avait du passer une annonce pour remplacer Delphine Batho, quelles qualités et compétences aurait-il pu exiger des candidats au poste? 20Minutes a dressé, avec l’aide d’anciennes ministres et de personnalités écologistes, le portrait-robot du parfait ministre de l’écologie.

Pouvoir de persuasion

Pour faire passer la pilule de l’écologie aux collègues des autres ministères, dont les intérêts à court terme sont parfois divergents, il faut être persuasif. «Un vrai ministre de l’écologie serait quelqu’un qui arriverait à faire comprendre la nécessité de prendre en compte l’écologie et sa transeversalité, estime Pascal Durand, secrétaire national d’Europe Ecologie Les Verts. Par exemple, à chaque prise de parole du ministère de l’industrie, le ministre de l’écologie devrait être là. Ce serait quelqu’un d’incontournable dans chaque grande politique publique».

Bon négociateur

Même s’il «ne faut pas avoir peur d’entrer bille en tête contre les autres», recommande Corinne Lepage, ministre de l’écologie de 1995 à 1997, «il faut accepter un jeu d’affrontement, tout simplement parce que les priorités et les délais ne sont pas les mêmes que dans les autres ministères». Il faut au ministre «de grandes qualités de négociateur car il est confronté en permanence à des lobbys», confirme Benoit Hartmann, porte-parole de France Nature Environnement (FNE).

Un poids lourd

Pour Chantal Jouanno, le ministre idéal «doit avoir un rang important au sein du gouvernement». Pour incarner ce rôle, un poids lourd politique est plus adapté qu’un «second couteau» comme le déplore l’ex secrétaire d’Etat à l’Ecologie. «Il vaut mieux avoir des soutiens au sein du Parlement et des relais d’opinion», reconnaît Benoit Hartmann. «Il faut avoir une influence politique à l’Assemblée nationale», confirme Roselyne Bachelot, qui a souvent vu des débats écologiques donner lieu à des alliances contre nature.

«On a souvent nommé des gens un peu marginaux dans leurs propres camps, estime Dominique Voynet, ministre de l’Environnement du gouvernement Jospin. Au moment des arbitrages, ils  se font généralement étriller à l’Assemblée ou au Sénat. Qu’il soit issu d’un grand parti et placé très haut dans la hiérarchie ministérielle est une garantie pour que les questions écologiques ne passent pas sous la table.»

Forte tête

«Si on refuse les caractères forts c’est qu’on refuse le principe de l’écologie. Il ne faut pas un béni oui-oui», assène Chantal Jouanno. Même chez les écologistes allergiques au culte de la personnalité, on reconnaît que «la personnalité joue plus ou moins, d’un point de vue médiatique et de reconnaissance au sein du parti», nous confie Pascal Durand, «mais c’est marginal à côté de la considération que lui accordent le Président de la République et le Premier ministre».

Etre une femme?

Philippe Martin et Jean-Louis Borloo ne sont certes pas des femmes, mais nombre de jupons se sont succédé au ministère de l’Ecologie. «Parce que ce n’était pas un poste politique important, admet Roselyne Bachelot. Pendant très longtemps, c’est resté un ministère folklorique!»

Des convictions, du travail et du courage

Pour être ministre de l’Ecologie, il vaut mieux ne pas avoir peur de retrousser ses manches : «Quand on est pas sûr de ses dossiers et qu’on doit s’en remettre à des administrations, on a un obstacle d’entrée de jeu», juge Corinne Lepage. Avoir (au moins) une sensibilité écolo et beaucoup de courage sont des atouts.  «Résistant, tenace, accrocheur, qui s’appuie sur des convictions personnelles solides mais qui ne se contente pas d’affirmer des postures idéologiques mais démontre, convainc, démonte les préjugés», résume Dominique Voynet. Rien que ça. Mais Benoit Hartmann va encore plus loin: «Sa plus grande qualité serait d’être Premier ministre pour traiter l’écologie en amont et ne plus être la cinquième roue du carrosse».