Un ministre de l'Ecologie, à quoi ça sert?

POLITIQUE Après Nicole Bricq et Delphine Batho, le siège éjectable du ministère de l'Ecologie sert-il encore à quelque chose?...

Audrey Chauvet
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Delphine Batho et Philippe Martin lors de la passation de pouvoir au ministère de l'Ecologie, le 3 juillet 2013.
Delphine Batho et Philippe Martin lors de la passation de pouvoir au ministère de l'Ecologie, le 3 juillet 2013. — THOMAS SAMSON/AFP

L’une s’est butée aux forages pétroliers en Guyane, l’autre a payé sa critique du budget. Après les évictions de Nicole Bricq et de Delphine Batho du ministère de l’Ecologie, les ONG et les écologistes sont plus que jamais sceptiques sur la place donnée à l’environnement dans la politique du gouvernement. Ministère délaissé par Nathalie Kosciusko-Morizet au moment de la campagne présidentielle, passé de mains en mains depuis l’élection de François Hollande, régulièrement en butte avec les objectifs économiques du gouvernement, le portefeuille de l’Ecologie sert-il encore à quelque chose?

Faire de l’écologie une priorité

«Le ministre de l’Ecologie est là pour défendre le fait que l’écologie est le socle d’une politique pensée et impulsée par le Président et le Premier ministre», pense Benoît Hartmann, porte-parole de France Nature Environnement (FNE). Comme une petite fée qui souffle à l’oreille des autres ministres pour leur rappeler que la nature est un capital qu’il faut faire fructifier sans l’épuiser, le ministre de l’Ecologie n’a pas un rôle facile: «Il doit défendre l’écologie comme étant une des priorités de l’Etat et trouver des arguments percutants: quand l’Etat dit priorité à l’emploi, il doit mettre en valeur les emplois générés par la transition énergétique, par exemple», poursuit Benoît Hartmann.

Un rôle difficile, reconnaît Chantal Jouanno, qui l’a vu de très près lorsqu’elle était secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie en 2009 et 2010: «Nous sommes encore dans un modèle politique où les deux grands partis restent convaincus que le modèle économique dominant n’a pas d’alternative», confie-t-elle à 20 Minutes. «Nous avons besoin d’un ministère de l’Ecologie fort car la relance économique passe par l’écologie, pense pour sa part Corinne Lepage, qui a occupé le poste de 1995 à 1997. Mais il faut se poser la question du périmètre du ministère: je ne suis pas sûre que lui rattacher le domaine de l’énergie soit favorable à l’écologie, qui se fait alors absorber par des lobbys puissants.»

Du ministère de l’Ecologie à l’écologie dans tous les ministères

Le ministère de l’Ecologie, trop petit pour les uns, trop grand pour les autres, a du mal à définir le champ d’action qui lui permet d’être efficace. Sans doute parce que l’écologie devrait être partout, «au carrefour de toutes les grandes politiques publiques et d’investissement», estime Pascal Durand, secrétaire national d’Europe Ecologie Les Verts. Mais de là à dissoudre le ministère pour le remplacer par des «délégués au développement durable» dans chaque cabinet, Pascal Durand pense que la France n’est pas prête: «C’est sûrement une bonne solution à terme mais nous avons tellement de retard dans la prise de conscience que, de la même manière que je défends l’existence d’un parti dédié à l’écologie car nous avons besoin de personnes engagées essentiellement sur cette question, je pense que nous avons besoin d’un ministère fort.»

Encore jeune, le ministère de l’Ecologie n’a pas tout à fait achevée sa mue, voulue par Jacques Chirac qui avait transformé le ministère de l'Environnement en ministère de l'Ecologie. La première titulaire de ce portefeuille élargi, Roselyne Bachelot, rappelle que l’ancien ministère de l’Environnement «avait surtout une vision de protection du patrimoine», tandis que l’Ecologie correspond à «une vision globale qui implique une capacité d’entrainement des autres ministères». Pour cela, il faut qu’il soit placé «très haut dans l’architecture gouvernementale» et devrait avoir à sa tête «un vrai cador politique capable de tenir son rang face à Bercy ou à l’agriculture».

Pour Dominique Voynet, ministre verte du gouvernement Jospin, si «l’écologie reste perçue comme une contrainte par beaucoup de ministres et d’administrations», le portefeuille de l’Ecologie a tout de même pris du grade avec les années: «D’un petit ministère avec peu de pouvoir et de budget, il est devenu un ministère dont la puissance est jugée sur sa capacité à influencer les autres», renchérit l’actuelle maire de Montreuil. Et à faire passer une image de l’écologie qui ne soit «ni punitive ni normative mais qui permette de mieux vivre ensemble demain». Un vrai projet de gouvernement.