Peut-on mieux prévoir et prévenir les inondations?

CLIMAT Après les crues exceptionnelles de ces dernières semaines, la question se pose d’une meilleure anticipation des risques. Que faire pour préserver le pays des prochaines inondations?...

Bertrand de Volontat

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La commune de Nay dans le sud-ouest de la France a été particulièrement touchée par les inondations le mercredi 19 juin 2013.
La commune de Nay dans le sud-ouest de la France a été particulièrement touchée par les inondations le mercredi 19 juin 2013. — AFP PHOTO/ THOMAS SAMSON

Il y aura toujours des crues. Les experts sont formels. Et elles continueront de provoquer des inondations, le premier risque naturel auquel sont exposées 17 millions de personnes en France.

Ces dernières semaines, plusieurs régions françaises ont connu des événements climatiques désastreux. Tout récemment, le Sud-Ouest a été le théâtre d’inondations exceptionnelles.  

Arrêter d’urbaniser les zones inondables

«La première raison de cette exposition aux risques d’inondations tient au fait qu’on installe de plus en plus d’habitations dans les zones inondables, explique André Bachoc, chef du Schapi, le Service central d'hydrométéorologie et d'appui à la prévision des inondations. Ces dernières sont attractives car à proximité de l’eau». En 150 ans, la population dans ces zones a été multipliée par dix. «Il faut cesser d’y construire, ajoute-t-il.  Mais l’urbanisation n’est pas un processus qui s’arrête comme ça».

Pour réduire la vulnérabilité, le message est simple: «Quand des gens sont dans des secteurs à risques, il faut s’en aller», poursuit-il.

Mieux vaut être prudent, car «on ne peut pas empêcher une crue, on peut juste tenter de limiter les dégâts provoqués par une inondation», rappelle Christian Chauvin, hydrobiologiste à l’Irstea, l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture.

A qui la faute? Au climat, certes, même si météorologues, spécialistes des crues et des inondations, se renvoient la balle. «Du fait de l’incertitude du modèle météorologique, on ne sait pas exactement ce qui va tomber», reconnaît Vazken Andréassian, hydrologue à l’Irstea. De plus, la prévention des crues reste un diagnostic au coup par coup.

Mieux anticiper les crues

Il existe à ce jour deux outils: l’alerte et la prévision. La première permet de sauver des vies grâce à l’anticipation et la seconde, sur laquelle travaillent d’arrache-pied les prévisionnistes, de réussir une prévision quantitative. 

Dès lors, l’objectif est d’être plus réactif avec «l’extension dans le temps de l’anticipation des crues à l’horizon 2016-2017», explique-t-on du côté du Schapi. Aujourd’hui, l’outil de prévisions est limité car il a besoin que la crue ait débuté pour être effectif.

Après la publication de la «vigilance crue» de 24 heures, les préfets alertent les maires de communes concernées qui mettent en place les plans communaux de sauvegarde afin d’organiser l’évacuation et la prise en charge. En dernier ressort, «chaque citoyen est responsable de sa sécurité», rappelle André Bachoc.

Réparer les digues

La prévention est pourtant pensée depuis des siècles. «Nous tentons de nous protéger derrière des digues et des barrages. Mais ces protections ont des limites». En ce sens, une étude de dangers pour les 15.000 kilomètres de digues françaises sera rendue d’ici fin 2014. «La surveillance et l’entretien des digues sont au cœur des questions de sécurité», affirme l’Irstea. «Si une digue rompt, c’est encore pire que l’inondation initiale», complète André Bachoc. De même, en cas de submersion de barrages.

Désormais, l’ambition du ministère de l’Ecologie est de transformer la prévision des crues en prévention des inondations. Déjà, une directive européenne datant de 2007 vise à gérer et réduire les risques dus aux inondations. En particulier le long des rivières et des zones côtières.