Les Français prêts à dépenser plus pour consommer responsable

SONDAGE Ils souhaitent également avoir plus d'informations sur les produits qu'ils consomment...

Corentin Chauvel
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Un atelier de textile à Dacca (Bangladesh), le 11 mai 2013.
Un atelier de textile à Dacca (Bangladesh), le 11 mai 2013. — ZEPPELIN / SIPA

Le scandale de la viande de cheval et l’effondrement meurtrier d’un immeuble regroupant des ateliers de textile au Bangladesh ont récemment mis en lumière les conditions douteuses de fabrication de produits de grande consommation. L’impact a été particulièrement sérieux en France, une étude du Secrétariat permanent international «Droits de l’homme et gouvernements locaux» (SPIDH), réalisée par l’Institut Panel on the Web et publiée ce jeudi, le prouve: les Français veulent être mieux informés et sont prêts à dépenser plus pour consommer responsable. 

Les scandales font réagir les consommateurs: 71% d’entre eux souhaitent être mieux informés des conditions de production (respect des droits de l’homme et de l’environnement) des produits qu’ils achètent car elles revêtent une importance pour une large majorité - 70%. Cependant, l’intention concrète baisse par rapport à ces résultats lorsqu’il s’agit de mettre la main à la poche. Ils sont toujours une majorité, mais ce ne sont plus que 58% des Français – dont 73% de CSP+ – qui sont prêts à payer plus cher – de 1 à 10% – pour des produits respectant des conditions de production éthiques. Dans chaque cas, les consommateurs placent l’alimentation comme le domaine de produit qui le préoccupe le plus, largement devant les vêtements, l’électronique (smartphones, ordinateurs, etc.) et le mobilier. 

«Une prise de conscience en construction»

Pour Philippe Jourdan, fondateur de Panel on the Web, «nous sommes ici face à une prise de conscience en construction» des consommateurs français, de plus en plus préoccupés par les droits de l’homme et de l’environnement. Si plus de 70% souhaitent être particulièrement informés et prêts à dépenser plus cher pour l’alimentaire, «c’est à la fois par souci d’inscrire sa démarche dans le cadre d’un achat socialement responsable mais aussi parce que les scandales alimentaires récents ont mis en avant le risque pour sa propre santé», selon le consologue.

Ce genre d’étude pourrait-il mettre une pression de plus sur les multinationales dont les sous-traitants sont parfois mis en cause? «On espère que cela les influence, mais la plupart ne sont pas en contact direct avec le consommateur, alors ce qu’il pense, elles n’en ont que faire», déclare à 20 Minutes Sabine Gagnier, coordinatrice projets acteurs économiques et droits humains chez Amnesty International France. Même lorsque les entreprises mettent de la bonne volonté, «cela ne suffit pas, même sous la pression de l’opinion», déplore-t-elle. «La course aux profits pousse à la violation des droits de l’homme», ajoute-t-elle.

«On peut être intoxiqué par un aliment, rarement par une pièce de mobilier»

Et ces violations touchent principalement les secteurs du textile et de l’électronique qui préoccupent largement moins le consommateur, selon le sondage. «Les droits des ouvriers qui fabriquent des meubles sont bafoués, mais cela touche très peu le consommateur et ce, malgré sa connaissance des faits», regrette Sabine Gagnier. «On peut être intoxiqué par un aliment, rarement par une pièce de mobilier», souligne Philippe Jourdan qui évoque la «dualité égoïsme-générosité» du «conso’battant» actuel.

Cependant, Sabine Gagnier reconnaît que l’on «ne peut pas faire reposer toute la responsabilité sur les épaules du consommateur» car il n’a pas toujours les informations et surtout les moyens de faire changer les choses. «Les moyens sont entre les mains des Etats, ce sont à eux de créer des mesures contraignantes à l’encontre des multinationales», estime-t-elle. A ce propos, l’étude indique que les Français y sont très favorables: 91% d’entre eux souhaitent une loi qui imposerait aux marques la traçabilité de leurs produits (matière première et lieu de transformation). Soit plus que le contenu du projet de loi de consommation à venir qui ne prévoit que l’extension des indications géographiques aux produits manufacturés.

Méthodologie

Cette étude, menée à l’occasion du Forum mondial des droits de l’homme qui se tient du 22 au 25 mai prochain à Nantes (Loire-Atlantique), a été réalisée auprès d’un échantillon représentatif national de 1.011 personnes, âgées de 18 ans et plus entre le 26 avril et le 2 mai 2013.