Gaz de schiste: La fracturation hydraulique, pas si polluante qu'on le pensait?

ENERGIE C'est en tout cas l'avis de l'Agence de protection de l'environnement américaine...

Audrey Chauvet

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Un puits d'exploitation de gaz de schiste, dans le Colorado, aux Etats-Unis.
Un puits d'exploitation de gaz de schiste, dans le Colorado, aux Etats-Unis. — D.ZALUBOWSKI/AP/SIPA

Face aux dollars en jeu, l’Agence de protection de l’environnement a-t-elle retourné sa veste? Alors que les forages visant à exploiter les gaz de schiste aux Etats-Unis se multiplient, menant le pays vers la place de premier producteur d’énergie au monde, la méthode décriée de la fracturation hydraulique ne serait pas si polluante qu’on l’imaginait, écrit l’Environmental protection agency (EPA) dans un rapport publié à la mi-avril sur les émissions de gaz à effet de serre.

Selon l’EPA, les fuites de méthane des forages de gaz de schiste seraient moindres que ce qu’elle estimait auparavant. Les contrôles plus stricts mis en place par les industries auraient permis de réduire ces échappées de gaz à effet de serre de 41,6 millions de mètre cubes par an depuis 1990, soit au total 850 millions depuis 1990. Cette réduction représente aux Etats-Unis 20% des fuites de méthane, un gaz à effet de serre au potentiel de réchauffement près de vingt fois supérieur au dioxyde de carbone.

Le gaz, un «régime à la mode»

Les industriels exploitant les gaz de schiste se réjouissent de ces nouveaux chiffres donnés par l’EPA. Pour eux, les écologistes ne peuvent plus se servir de l’argument des fuites de méthane. Mais pour Bill McKibbern, fondateur du mouvement 350.org, cela ne change rien au problème de la dépendance aux énergies fossiles: «Le gaz naturel n’est qu’un régime à la mode qui permet à un patient obèse de perdre quelques kilos jusqu’à ce que son poids se stabilise. Nous avons plutôt besoin d’un régime radical, plus difficile à mettre en œuvre», écrit l’écologiste.

Les dernières données de l’EPA ont été établies sur la base de plusieurs documents, dont une étude fournie par les industriels du gaz et du pétrole. Certains scientifiques ont dénoncé l’absence d’études indépendantes dans les sources de l’EPA. Un universitaire américain n’a pas hésité à déclarer que «l’EPA avait  tort», rapporte l’agence de presse AP. Néanmoins, l’agence de protection de l’environnement n’a pas nié que les gaz de schiste restaient la principale source d’émissions de méthane aux Etats-Unis avec 145 millions de mètres cubes émis en 2011.