Coupes sèches au fil du Canal du Midi

ENVIRONNEMENT L'abattage des platanes malades va avoir des conséquences importantes...

à Toulouse, Hélène Ménal

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Coupe d'arbres malades le long du Canal du Midi, en janvier 2012.
Coupe d'arbres malades le long du Canal du Midi, en janvier 2012. — AVENTURIER PATRICK/SIPA

L'universelle beauté de la voûte végétale du Canal du Midi a du plomb dans l'aile, ou plutôt des champignons contagieux dans le feuillage. L'attaque du chancre coloré du platane, aussi microscopique que redoutable, n'est pas nouvelle. Mais la maladie incurable qu'il véhicule se répand si vite que désormais l'heure est au traitement de choc. Quelque 1.500 platanes, sur les 42.000 du Canal, ont déjà été abattus dans l'Aude et l'Hérault cette année. «Une deuxième campagne aura lieu du 15 août au 1er novembre, elle concernera entre 1.500 et 2.000 arbres», indique Jacques Noisette, le porte-parole dans le Sud-Ouest de Voies navigables de France (VNF), le gestionnaire du Canal. En fait, la convalescence de la voie d'eau classée au Patrimoine mondial de l'Humanité va durer vingt ans et coûter plus de 200 millions d'euros (lire ci-contre).

 

 

«Dommages collatéraux»

 

 

Le remplacement des platanes va aussi profondément modifier le paysage. Et surtout créer des trouées caniculaires là où promeneurs et plaisanciers viennent chercher de l'ombre. Une période à risque qui inquiète les professionnels. «Nous devons rester positifs, mais il faut réfléchir à l'adaptation de nos métiers pour que les coupes soient moins traumatisantes pour les touristes et les amoureux des berges», explique Jean-Marc Cabot, loueur de bateaux Navicanal près de Toulouse. Il doute que la perte d'exploitation des entreprises soit incluse dans le plan de financement. Pierre Cardinale, porte-parole du Réseau fluvial, égrène une longue liste de «dommages collatéraux»: «Marché de l'immobilier aux abords du Canal, fiscalité des communes riveraines, etc.». L'addition risque d'être salée…

■ Laboratoire

Le défi consiste à remplacer au plus vite des platanes centenaires, parfois de 30 m de haut, par des espèces robustes et qui poussent vite. Pour l'instant, les arbres replantés sont des Platanors, une espèce spécialement mise au point pour résister au chancre. Des tests ont aussi été faits avec des tilleuls argentés, mais d'autres essences sont en lice dans le «laboratoire» de VNF, dont le pacanier, le chêne des Canaries ou encore le copalme d'Orient.