Le voilier Tara repart pour une aventure en Arctique

SCIENCES Le navire va faire le tour de l'Arctique pour y collecter des échantillons de plancton...

Audrey Chauvet

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Tara au Groenland.
Tara au Groenland. — F.Latreille/Tara Expéditions

A peine un an passé à terre, et Tara a déjà des fourmis dans les voiles. Le 18 mai, la goélette repartira de Lorient pour un tour de l’Arctique à la recherche de plancton. Le but de l’expédition: mieux comprendre les effets du changement climatique sur les écosystèmes polaires.

Le plancton, un pompeur de carbone

«On remet Tara au boulot», se réjouit Etienne Bourgois, président de Tara Expéditions. Mais ceux qui vont bosser, ce sont surtout les scientifiques embarqués, qui devront, pendant sept mois, suivre les prélèvements de plancton. «Nous avons rajouté du matériel et automatisé certaines mesures», poursuit Etienne Bourgois, pour qui ce nouveau départ complétera la somme de données amassées durant le tour de monde de Tara achevé en avril 2012. L’objectif de ce tour de l’Arctique est de rapporter 5.000 échantillons, 100 profils verticaux réalisés grâce aux rosettes embarquées et 150 données continues obtenues grâce à un nouvel outil d’enregistrement de l’activité photosynthétique et de l’acidification de l’eau 24h/24 et 7j/7. 

«Ce sera la première étude circumpolaire du plancton, précise Chris Bowler, directeur de recherche au CNRS et à l’Institut de biologie de l’Ecole normale supérieure. Cette étude est nécessaire car cette région est parmi les plus productives du globe en termes de vie planctonique, mais on la connaît très peu.» Si les chercheurs s’intéressent tant aux organismes microscopiques qui peuplent les eaux glacées, c’est parce qu’ils sont intimement liés à l’équilibre climatique et biologique des pôles. «Du plus petit virus au zooplancton, c’est la photosynthèse et la génération de la matière première qui passe dans toute la chaîne alimentaire jusqu’aux poissons qui nous intéresse, poursuit Chris Bowler. Et également le rôle de pompe à carbone que ces organismes peuvent avoir.»

Super-plancton à la rescousse

Non contents de nourrir les poissons que nous mangeons, les micro-organismes nous rendent en effet un autre grand service: ils piègent le CO2 de l’atmosphère et l’entraînent avec eux vers le fond des océans lorsqu’ils meurent. Mais ce rôle de sauveur de la planète pourrait bien être perturbé par le réchauffement climatique: «Le "bloom" (éclosion) du zooplancton a lieu de plus en plus tôt, détaille Lars Stemman, enseignant-chercheur au laboratoire d’océanographie de Villefranche. Les micro-organismes animaux naissent maintenant début mai, près d’un mois en avance. Or, si cela ne correspond pas à la floraison du phytoplancton, dont ils se nourrissent, il y aura un déséquilibre qui se répercutera sur toute la chaîne alimentaire.»

Ajoutez à cela la fonte des glaces, de plus en plus rapide et importante d’année en année, la possibilité d’invasion de plancton et organismes venus d’eaux plus chaudes, des changements dans la circulation atmosphérique et les masses d’eau, et vous obtenez un pôle Nord en complète mutation, allant vers un avenir dont les scientifiques ignorent encore tout. Sans compter que l’homme pourrait encore changer la donne en profitant de la libération de passages maritimes pour aller y pêcher, y élever des poissons ou exploiter du gaz ou du pétrole. «Cette étude est urgente face aux impressionnants changements en cours, pense Chris Bowler. Il est important de la faire avant que l’homme ne mette trop la main dessus.»