Les bateaux de pêche vont-ils carburer à l'huile de friture?

ENERGIE Un test est réalisé sur un bateau dans les Landes...

Avec Reuters

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Chalutiers et filets dans le port de pêche de Port-en-Bessin, dans le Calvados.
Chalutiers et filets dans le port de pêche de Port-en-Bessin, dans le Calvados. — GILE MICHEL/SIPA

Le poisson arrivera-t-il déjà pané au port? Le Crésus, un des 19 bateaux de la flotte de Capbreton (Landes), prendra la mer en mai prochain pour aller pêcher la lotte, le merlu ou la rascasse à 35 ou 40 milles de la côte. Mais si ce fileyeur blanc et jaune de 15 mètres partira comme à l'accoutumée avec ses 4 hommes d'équipage, il carburera cette fois à l'huile de friture dans le cadre d'une expérience qui doit permettre de parvenir à remplacer à 100% le gasoil pêche par de l'huile alimentaire usagée recyclée.

Donner une image positive des pêcheurs

Cette opération est une première en Europe selon Frédéric Perrin, le directeur de l'Institut français des huiles végétales pures (IFHVP), un organisme pionnier dans le domaine des biocarburants qui l'a lancée. Elle a été retenue par France Filière Pêche, association privée qui réunit tous les maillons de la filière, des pêcheurs aux distributeurs et qui a décidé de la financer à 85%.  Sollicité par l'IFHVP, le patron du Crésus, Nicolas Lafargue, dont le carburant représente 30% du budget, n'a pas hésité longtemps à se porter volontaire. «Il faut évoluer avec son temps», dit ce pêcheur de 31 ans. «Il y a de nouveaux carburants, il faut les expérimenter et là il s'agit de l'huile alimentaire usagée dont personne ne sait trop quoi faire. Ça ne me coûte rien, et c'est important de redonner une image positive des pêcheurs trop souvent déformée.»

Son bateau sera équipé de deux réservoirs, l'un contenant de l'huile recyclée, l'autre du gasoil pêche, permettant de revenir au carburant traditionnel en cas de problème. Cette expérimentation s'accompagne d'un bilan carbone sur l'ensemble de la zone de pêche du sud Aquitaine «pour définir les points sur lesquels on pourrait avoir un levier d'action en matière de réduction de l'impact environnemental», précise Frédéric Perrin.

Des huiles issues de la restauration collective

Comme ce fut finalement le cas après une bataille juridique pour les huiles végétales pures dans les moteurs de voiture, notamment à Villeneuve-sur-Lot, ville pionnière dès 2006, l'opération ne pourra s'effectuer que dans le cadre d'un accord avec les Douanes, qui doit accorder une dérogation. «D'après le code des douanes, l'utilisation d'huile usagée alimentaire recyclée est interdite en combustion», explique Frédéric Perrin. «Ce sont des huiles de cuisson issues de la restauration collective, collectées par ces industriels et traités par des procédés de séparation mécanique.»

Pour utiliser ce nouveau biocarburant, le moteur du bateau subit une préparation mécanique légère qui ne change rien à ses caractéristiques puisqu'il peut continuer à utiliser du gasoil. Patrick Lafargue, patron du Crésus et président du Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins d'Aquitaine, et patron du Crésus ne voit dans ces expériences que du positif pour la pêche.
«On regarde d'autres solutions pour ne plus être tributaires du gasoil. Cela montre aussi à l'Europe que les pêcheurs peuvent se prendre en main et être responsables au niveau de l'environnement. Et cela ouvre aussi des filières qui peuvent faire travailler du monde à proximité de nos ports», dit-il.