Al Gore : "Des signes très encourageants qui montrent des changements à la base" (audio)

— 

L'ancien vice-président américain Al Gore poursuit inlassablement sa croisade de sensibilisation aux dangers du réchauffement climatique avec le film documentaire "Une vérité qui dérange", qui sort sur les écrans mercredi.
L'ancien vice-président américain Al Gore poursuit inlassablement sa croisade de sensibilisation aux dangers du réchauffement climatique avec le film documentaire "Une vérité qui dérange", qui sort sur les écrans mercredi. — Stephan Schraps AFP/DDP/Archives

L'ancien vice-président des Etats-Unis a donné une conférence de presse mercredi à l'Assemblée nationale à Paris à l'occasion de la sortie de son film, "Une vérité qui dérange", qui dénonce le réchauffement climatique.

Outre les raisons du retard américain à vouloir ratifier le protocole de Kyoto, il a été interviewé sur la possibilité que les villes et les Etats fassent évoluer les mentalités aux Etats-Unis à défaut du gouvernement fédéral. Ecoutez-le (en anglais) ou lisez la retranscription en français :

"Excellente question ! L’une des raisons pour lesquelles le gouvernement fédéral américain est parfois obligé de changer d’avis, lorsque le système est paralysé, c’est parce qu’un changement intervient au niveau local puis au niveau de l’Etat, lorsque suffisamment de villes et d’Etats adoptent de nouvelles lois. Cela met la pression sur le gouvernement central pour changer à son tour. La Californie, notre plus grand Etat, vient d’imposer, comme vous le savez, des réductions drastiques d’émission de CO2. Le gouverneur Schwarzenegger a vu mon film en août et il a décidé de se débarrasser de l’une de ces grosses voitures à essence que vous ne connaissez peut-être pas ici mais que je ne recommande pas. Et il a travaillé avec les Démocrates au sein de la législature californienne et fait adopter cette nouvelle loi qui représente un grand pas en avant. Plus de 305 villes américaines ont adopté indépendamment le Traité de Kyoto. Parfois, par le passé, sur d’autres sujets, la Californie a été précurseur. Ensuite, d’autres Etats ont adopté la législation californienne. Et ainsi rapidement, les entreprises font face aux nouvelles normes de ces Etats. Même si elles s’y opposent, elles ne tardent pas à dire que ce serait bien qu’il y ait une loi nationale unique. Elles changent leur position et commencent à faire pression sur le gouvernement pour l’adopter. Nous sommes presque dans cette situation aux Etats-Unis aujourd’hui. De nombreux dirigeants du monde économique ont également changé. 85 pasteurs évangéliques conservateurs qui soutenaient le président Bush ont cassé avec lui publiquement sur ce sujet (NDLR : l’adoption du protocole de Kyoto), ont évoqué une raison morale et ont appelé la nation à y faire face. Nous observons donc des signes très encourageants qui montrent que des changements à la base affecteront le sommet.

Q : Je suis le journaliste français John-Paul Lepers d’une télévision sur le web. Comment expliquez-vous que le peuple et le gouvernement américains soient aussi en retard sur cette question ? Vous êtes si riche… Nous pensons qu’il y a des choses qui vous échappent. Vous voyez ce que je veux dire ?

Je vois ce que vous voulez dire, je le vois très bien. J’accepte ce commentaire. Les Etats-Unis et l’Australie sont les deux seuls pays développés qui n’ont pas ratifié le Traité de Kyoto. Ils ont quelque chose d’autre en commun : ce sont des pays très vastes avec une densité de population très faible où chacun dépend des voitures et des camions. Ils ont également une grosse industrie du charbon. Si vous regardez au-delà de ces facteurs simplistes et jetez un coup d’œil à l’intensité de l’énergie utilisée, vous remarquerez que les Etats-Unis ont presque doublé leur taux d’intensité énergétique (NDLR : rapport de la consommation d’énergie au PIB) par rapport à l’Europe. Ce n’est pas parce que nous sommes idiots mais parce que le schéma dans lequel les Etats-Unis se sont développés à travers le temps nous laisse un système inefficace. En France, vous avez par exemple un merveilleux système ferroviaire. Au passage, je tiens à exprimer mes condoléances pour les vies perdues tout à l’heure dans un accident que j’ai vu dans les médias. Mais vous avez un merveilleux système ferroviaire, très efficace, très écologique. Nous n’en avons pas. Car nous nous sommes développés selon un schéma différent. Une des raisons pour lesquelles nous sommes en retard, comme vous dites, est liée aux difficultés à ajuster les lois. Je pense qu’une deuxième raison est due en partie à la façon dont fonctionne le système politique américain aujourd’hui. Beaucoup de gens, au sein des deux partis, pensent que le rôle de l’argent et des intérêts particuliers a trop d’influence dans le processus de décision politique. Et certains des plus gros pollueurs ont dépensé des millions de dollars par année pour troubler les gens intentionnellement à propos de la réalité scientifique de la crise climatique. Et cela a retardé la formation d’un consensus public. Encore une fois, cela est l’une des raisons pour lesquelles j’ai fait ce film ainsi que son réalisateur et son producteur. Je tente de faire passer ce message pour vaincre la désinformation."

Propos recueillis et traduits par Alexandre Sulzer