En 2050, nos assiettes auront une gueule de bois

AUDREY CHAUVET

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La cellulose provient du bois.
La cellulose provient du bois. — LE LANN / SIPA

«Au début, ça n'a pas de goût. Après avoir un peu mâché, ça devient légèrement sucré. » Les chercheurs de l'Institut polytechnique de Virginie, aux Etats-Unis, ne risquent pas d'entrer dans les guides gastronomiques, mais ils pourraient avoir trouvé une piste pour assurer la sécurité alimentaire de la planète : manger du bois. Ou plutôt de la cellulose, la « chair » du bois, que l'on transforme déjà en pâte à papier ou en composé chimique pour certains textiles comme la viscose.

Comestible grâce à un cocktail d'enzymes


Les recherches, parues dans Proceedings of the National Academy of Sciences, se sont focalisées sur la manière de recréer de l'amidon, présent naturellement dans le pain, les féculents ou les pommes de terre. Or, la cellulose et l'amidon ont un point commun : ce sont des assemblages de molécules de glucose. Pourquoi ne pas essayer de transformer l'une en l'autre, juste en réassemblant les cellules ? Grâce à un cocktail d'enzymes, les scientifiques ont changé la cellulose non pas en pomme de terre ou en riz, mais en une poudre insipide proche de l'amidon.

Deux fois la production annuelle de céréales


Toutefois, seul un tiers de la cellulose pourrait se retrouver dans nos assiettes : le reste, transformé en glucose, pourrait servir à la fabrication de plastique. Mais Percival Zhang, auteur de l'étude, est optimiste : avec 100 milliards de tonnes de cellulose chaque année, « nous pourrons fabriquer environ 4, 5 milliards de tonnes d'amidon, ce qui représente à peu près deux fois la production annuelle de céréales dans le monde », explique l'ingénieur américain, qui estime qu'après quelques années de mise au point l'opération deviendrait économiquement rentable. Alors que la planète risque d'avoir du mal à nourrir les neuf milliards d'humains qui la peupleront en 2050, les arbres pourraient bien donner faim.