Fukushima: Tepco se noie dans les fuites d'eau radioactive

NUCLEAIRE Alors qu'une troisième fuite a été détectée ce mardi, l'opérateur de la centrale n'a toujours pas d'explication...

A.Ch.

— 

Des ingénieurs de Tepco près des réservoirs de la centrale nucléaire de Fukushima (Japon) qui auraient fui, le 6 avril 2013.
Des ingénieurs de Tepco près des réservoirs de la centrale nucléaire de Fukushima (Japon) qui auraient fui, le 6 avril 2013. — KYODO / REUTERS

«Nous sommes pour le moment dans l'incapacité de dire "c'est ceci ou cela"». L’aveu de l’opérateur de la centrale de Fukushima, au Japon, n’est pas rassurant. Deux ans après le tsunami qui a ravagé la centrale nucléaire, la situation semble loin d’être sous contrôle. Depuis quelques semaines, les piscines de refroidissement des combustibles nucléaires donnent des sueurs froides aux techniciens de la centrale. Un simple rat qui passait par là le 18 mars dernier a provoqué une brutale coupure de courant dans les systèmes de refroidissement pendant une trentaine d’heures. Réaction de Tepco: «Nous allons à l'avenir pendre plus de précautions pour éviter que des petits animaux n'entrent dans les installations».

Une centrale fragile

Depuis le 5 avril, ce sont des fuites d’eau radioactive qui inquiètent les techniciens. Si pour le moment Tepco a annoncé une fuite de 120m3, les réservoirs destinés à entreposer le liquide utilisé pour la recirculation d’eau dans les cœurs des réacteurs dégradés contiennent en tout 200.000m3 d’eau, précise l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). «L’origine de la fuite pourrait être une dégradation de soudures des feuilles en matériau étanche constituant les enveloppes de confinement. Les conséquences de cette fuite restent donc limitées à ce stade, eu égard notamment à l’état du site accidenté», écrit l’IRSN, qui reconnaît que ces événements montrent «la fragilité de certains systèmes déployés en urgence à la suite de l’accident de mars 2011 pour en limiter les conséquences et la vigilance qu’il y a lieu de maintenir pour détecter toute anomalie et pouvoir intervenir rapidement en cas de situation anormale».

«Il y a encore un risque d’accident majeur»

Mais pour Chantal Bourry, auteur de La vérité scientifique sur le nucléaire, la situation est plus grave. La physicienne estime qu’il y a «encore un risque d’accident majeur» à Fukushima. «On ne peut plus accorder aucun crédit à Tepco, explique la physicienne à 20 Minutes. Les piscines de combustibles sont encore moins bien protégées que les réacteurs et les éléments radioactifs qui sont dispersés sont des menaces pour les nappes phréatiques et les eaux de surface.» Alors que l’opérateur assure que les fuites ne s’écouleront pas vers l’océan, Chantal Bourry rappelle que la centrale n’est qu’à 800m de la mer, ce qu’ont également relevé les autorités russes. Mardi, le chef des services sanitaires de Russie a déclaré que «La situation ne peut pas ne pas nous inquiéter, étant donné que nous sommes à côté» et qu’elle «témoigne du fait qu'ils ne peuvent régler la situation». «Certains disent que le danger à venir pourrait être plus grave que ce qu’il a été», alerte Chantal Bourry.