François Sarano: «Les requins me parlent de tolérance»

ANIMAUX Le plongeur passionné de squales voit dans le requin un symbole du monde sauvage...

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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François Sarano, océanographe et plongeur.
François Sarano, océanographe et plongeur. — BALTEL/SIPA

Treize ans aux côtés du commandant Cousteau, conseiller scientifique pour le film Océans de Jacques Perrin et plongeur passionné, François Sarano sillonne les mers du globe palmes aux pieds pour rencontrer et filmer les grands requins blancs. Il sera mercredi 10 avril à l’Institut océanographique pour témoigner de sa passion et montrer les plus belles images de ces animaux qu’il chérit.

Comment avez-vous découvert le grand requin blanc?

Je nage avec eux depuis une douzaine d’années. Je les ai découverts avec André Hartman, un plongeur sud-africain qui a été le premier à plonger librement avec des grands requins blancs, c’est-à-dire sans protection particulière. J’ai plongé avec lui près du cap de Bonne-Espérance, puis j’ai découvert l’île mexicaine de Guadalupe lors du tournage du film Océans de Jacques Perrin.

Pourquoi aimez-vous les requins?

C’est le symbole du monde sauvage, de ce dernier territoire sauvage qu’est l’océan. Il est perçu comme l’ultime prédateur mais si on arrive à montrer à quel point il est nécessaire de protéger cet animal extraordinaire, on peut amener chacun à préserver toute la vie sauvage. C’est un animal qui se trouve en haut de la chaîne alimentaire, donc pour le préserver il faut préserver tout l’écosystème, ce qu’on appelle une espèce rempart. Il est donc biologiquement et philosophiquement intéressant: si on accepte le plus redouté de tous, on accepte tous les autres animaux et on s’acceptera tous avec toutes nos différences. Les requins me parlent de tolérance.

Mais lorsque le requin attaque l’homme, peut-on rester tolérant?

Je ne parlerai pas d’attaque, mais d’accident ou de méprise. Si les requins nous considéraient comme  faisant partie de leur menu, il y aurait des attaques tous les jours. Des milliers de personnes nagent au-dessus d’eux sans le savoir! Dans le monde, chaque année, il y a environ 100 méprises de requins,  c’est très peu. C’est souvent lié au fait que quand on va sur un terrain sauvage, on doit en accepter les règles et essayer de les apprendre et les accepter. Quand la mer est trouble, il ne faut pas aller plonger. Lors d’un tournage à Madagascar, on m’a emmené dans un endroit soi-disant idéal pour filmer les requins tigres: c’était près d’un abattoir… Nous ne nous sommes pas mis à l’eau, pas parce que les requins étaient dangereux mais parce que la situation l’était. En revanche, au large dans l’eau claire, on se régale.