A Paris, les moutons remplacent les tondeuses

ENVIRONNEMENT Quatre brebis d'Ouessant ont pris leurs quartiers dans le parc des Archives de Paris, porte des Lilas...

Audrey Chauvet

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Une des quatre brebis chargée de la tonte de la pelouse des Archives de Paris, dans le 19e arrondissement, le 3 avril 2013.
Une des quatre brebis chargée de la tonte de la pelouse des Archives de Paris, dans le 19e arrondissement, le 3 avril 2013. — A.Gelebart / 20 Minutes

Ouessant, Rennes, Vincennes, porte des Lilas: les brebis qui ont pris leurs quartiers ce mercredi matin dans le parc des Archives de Paris (19e arrondissement) ont suivi un itinéraire qui devrait les mener vers la gloire à la capitale. Ces quatre brebis d’Ouessant vont remplacer les tondeuses sur l’espace enherbé de 2.000m² au pied du bâtiment qui conserve des millions de documents émis par les services publics parisiens depuis 200 ans.

Une race rustique très résistante

A l’initiative des Archives, la ferme de Paris a acheté ces quatre animaux membres d’une espèce menacée de disparition. «Les moutons d’Ouessant ont commencé à se faire rare dans les années 1970 quand l’agriculture intensive a privilégié les races à rendement élevé pour la viande et le lait, explique Marcel Cottet, responsable de la ferme de Paris. Heureusement, leur patrimoine génétique a été conservé par l’Ecomusée de Rennes et ils ont été utilisés par le Conservatoire du littoral pour débroussailler les côtes.» L’éco-pâturage devenu à la mode dans les villes,  les moutons d’Ouessant ont trouvé un emploi qui leur correspond parfaitement: «C’est une race rustique qui se contente de peu d’alimentation et qui est très résistante aux maladies», poursuit Marcel Collet.

Leur premier contrat de désherbage aux Archives ne durera que 15 jours. Les brebis seront ensuite rapatriées à la ferme de Paris pour être tondues et soignées, puis elles reviendront trois fois pendant 15 jours durant les six prochains mois. Leur aide permettra de se passer des engins mécaniques et des désherbants chimiques et «permettra aux oiseaux et insectes de venir enrichir la flore et la faune du quartier» en évitant que les broussailles ne prennent le dessus.

L’œil de l’éleveur

Reste à savoir si les employés des Archives développeront «l’œil de l’éleveur», nécessaire à la détection de tout problème de santé chez les brebis. «Nous avons déjà installé un hôtel à insectes et des nichoirs, explique Anne Masson, directeur de l’établissement. Cela a suivi l’installation d’une aire de pique-nique qui nous a permis de découvrir toute une biodiversité rare sur notre terrain, enclavé entre le jardin Serge Gainsbourg et le tramway.»  Pourquoi les insectes et les oiseaux ont-ils choisi de se réfugier aux Archives? Le mystère reste entier, mais Anne Masson espère capitaliser sur ce patrimoine naturel pour attirer un public jeune et familial.

L’éco-pâturage, déjà pratiqué en région parisienne, pourrait se développer dans la capitale: «Les services d’entretiens des canaux sont intéressés, certains bailleurs sociaux aussi, et nous avons lancé un appel à projets sur l’agriculture urbaine», se félicite Fabienne Giboudeaux, adjointe à la mairie de Paris chargée des espaces verts et de la biodiversité. Les moutons d’Ouessant ont donc de l’avenir et ne sont pas près d’être classés dans les archives des espèces animales.