Des abeilles à louer pour polliniser les vergers

AGRICULTURE Le déclin des populations d'abeilles a donné naissance à une nouvelle activité pour les apiculteurs...

Audrey Chauvet

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Une abeille sur une fleur de cerisier.
Une abeille sur une fleur de cerisier. — Randy L. Rasmussen/AP/SIPA

Abricotier en fleurs cherche abeilles pour pollinisation. Depuis une dizaine d’années, le printemps a besoin d’un petit coup de pouce dans les vergers français: le déclin des populations d’abeilles et l’accroissement de la taille des vergers obligent les agriculteurs à louer des ruches auprès des apiculteurs.

Environ 10% des revenus des apiculteurs

Dans le Vaucluse, Paul Bonnaffé met ainsi ses abeilles à la disposition des producteurs d’abricots, fraises, melons ou courgettes. Car sans insectes, jamais les fleurs mâles ne fécondent les fleurs femelles. «Il y a un déficit en abeilles depuis les années 1970, explique-t-il à 20 Minutes. Avec le développement de vergers en monoculture et l’augmentation des surfaces, les insectes naturels ne suffisent plus au moment de la floraison.»

Depuis vingt ans, cet apiculteur de Carpentras (Vaucluse) loue donc ses 400 ruches aux agriculteurs qui en font la demande. Pendant environ une dizaine de jours, à la période de floraison, les insectes butinent et assurent la reproduction des arbres. «S’il fait beau, trois ou quatre jours peuvent suffire. La quantité de ruches installées dans les vergers est, elle, extrêmement variable selon les variétés ou  l’état des arbres, il n’y a pas de norme», explique Paul Bonnaffé, qui facture environ 30 euros la ruche pour la période de floraison. «Pour les arboriculteurs, cela représente entre 1 et 3% de leurs charges, pour moi qui ait axé mon activité sur la pollinisation, c’est 40% de mon chiffre d’affaires.»

En moyenne, les apiculteurs qui pratiquent la location de ruches peuvent en tirer 10% de leurs revenus.  Mais tous ne sont pas prêts à le faire: «La pollinisation intervient à un moment où nous avons beaucoup de travail, notamment pour former de nouveaux essaims. C’est donc perturbant dans l’organisation du travail et le développement de la ruche», poursuit l’apiculteur de Carpentras.

Les phytosanitaires, un danger pour les abeilles

Certains apiculteurs sont aussi réticents à installer leurs ruches dans des vergers où sont utilisés des produits phytosanitaires. Paul Bonnaffé ne minimise pas le problème mais avoue n’avoir eu que deux ou trois «accidents» en vingt ans. «Tout bêtement, un producteur de fraises qui avait détecté un problème de pucerons et qui a sorti un produit bien violent, se souvient-il. Le lendemain il m’a appelé pour me dire qu’il avait sali mes ruches. Il m’a remboursé».  Pour l’apiculteur, le risque provient plutôt des voisins du verger que des arboriculteurs qui louent les ruches, car «ils font attention quand on est là». «Un accident n’est jamais délibéré. J’ai plutôt des coups de fil pour me demander si tel ou tel produit va être dangereux. Nous pouvons coordonner nos actions et retirer les ruches rapidement si un produit doit être utilisé», explique Paul Bonnaffé.

Les abeilles françaises vont-elles devenir des assistantes sexuelles pour les arbres, comme c’est déjà le cas en Californie où la production de miel n’est qu’un «bonus», comme le pense Olivier Belval, président de l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf)? Cela pourrait encore menacer la survie des abeilles: lâchées dans de grandes monocultures, leur alimentation appauvrie les fragilise et le transport des ruches de vergers en vergers pourrait les perturber. Aux Etats-Unis, certaines ruches doivent même être traitées aux antibiotiques pour résister aux maladies qu’elles attrapent. On en est encore loin en France, mais chaque printemps voit s’accroître la demande en insectes de location. Les abeilles de Paul Bonnaffé, elles, viennent de quitter les abricotiers pour rejoindre dans les prochains jours les cerisiers et les pommiers en fleurs. Attention au surmenage.