Pour Pâques au Nicaragua, on mange des iguanes et des tatous

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Soupes d'iguane, consommés de tortue ou plats à base de tatou sont quelques unes des recettes exotiques dont se délectent les Nicaraguayens à Pâques pour détourner l'interdiction religieuse de consommer de la viande rouge, malgré les risques que cela fait peser sur des espèces animales en voie d'extinction.
Soupes d'iguane, consommés de tortue ou plats à base de tatou sont quelques unes des recettes exotiques dont se délectent les Nicaraguayens à Pâques pour détourner l'interdiction religieuse de consommer de la viande rouge, malgré les risques que cela fait peser sur des espèces animales en voie d'extinction. — Hector Retamal AFP

Soupes d'iguane, consommés de tortue ou plats à base de tatou sont quelques unes des recettes exotiques dont se délectent les Nicaraguayens à Pâques pour détourner l'interdiction religieuse de consommer de la viande rouge, malgré les risques que cela fait peser sur des espèces animales en voie d'extinction.

Une des spécialités du carême est le «Pinol d'iguane», un plat élaboré avec du maïs grillé et moulu (le «pinol»), des légumes ainsi que de la viande et des oeufs de ce reptile, servi dans un pain à hot dog.

«C'est très savoureux, c'est un plat traditionnel», assure à l'AFP Manuel Zamora, qui vient d'acheter deux iguanes au Marché Oriental, un marché populaire du nord de la capitale, Managua.

«C'est excellent», confirme Emilio Aleman, un avocat pour lequel la consommation de ces animaux fait partie de la tradition culinaire locale, malgré son interdiction.

«J'aime la saveur de l'iguane, les petits oeufs sont très bons», renchérit Pedro Espinoza, un Nicaraguayen qui réside au Costa Rica, de passage au pays.

Afin d'avoir plus d'énergie, de virilité et de se «nourrir» le cerveau, les restaurants proposent la soupe aphrodisiaque «Levanta Muerto» (A réveiller les morts), confectionnée à base de viande de «garrobo», un reptile semblable à l'iguane, de cervelle, de moelle, de testicules de taureau et dans certains cas, de fruits de mer.

«J'adore les testicules de taureau», clame Jose Cordoba, friand de cette soupe, très demandée par les hommes âgés et dans le quartier d'affaires de la capitale.

«Ils la mangent pour se nourrir le cerveau», explique Miriam Sirias, patronne d'une cantine dans le marché Roberto Huembes, à l'est de Managua, mais ils l'utilisent aussi beaucoup «comme aphrodisiaque», ajoute une autre cuisinière, Cristina Gutierrez.

La viande de tatou est également prisée, malgré les avertissements d'experts affirmant qu'elle peut être porteuse de la bactérie de la lèpre. Mais le «garrobo» reste la préférée des Nicaraguayens, qui lui attribuent des vertus pour lutter contre le cancer, le diabète ou l'anémie, entre autres.

La tortue, de son côté, protégée depuis 2005, est consommée sur la côte Atlantique et entre dans la composition de plats typiques comme cette soupe comprenant de la tortue, du poisson, du taureau, du lait de coco et des légumes.

Mais la forte demande engendre des captures massives de ces animaux natifs des zones tropicales, ensuite acheminés sur les marchés pour y être tués et vendus, malgré l'interdiction de chasse les concernant au cours de leur période de reproduction, de septembre à avril.

«Il n'y a aucune raison» qui justifie le sacrifice de ces animaux, proteste le président de la Fondation environnementale air, mer, terre (Amarte), l'uruguayen Enrique Rimbaud, dont l'ONG recueille des signatures pour demander au Congrès qu'il déclare au patrimoine national 187 espèces en voie d'extinction.

Une douzaine de ces animaux sont chassés au Nicaragua pour être mangés, parmi lesquels le poisson Gaspar, dont «on pêche des tonnes pendant le carême», regrette le défenseur de l'environnement Fabio Buitrago.