Etats-Unis: Les fermiers du Midwest adaptent leurs pratiques aux aléas climatiques

avec AFP

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Habitués aux caprices de la nature mais conscients des défis posés par le changement climatique, les fermiers américains des terres fertiles du Midwest adaptent déjà leurs pratiques culturales, leurs machines, leurs semences.
Habitués aux caprices de la nature mais conscients des défis posés par le changement climatique, les fermiers américains des terres fertiles du Midwest adaptent déjà leurs pratiques culturales, leurs machines, leurs semences. — Juliette Michel AFP

Habitués aux caprices de la nature mais conscients des défis posés par le changement climatique, les fermiers américains des terres fertiles du Midwest adaptent déjà leurs pratiques culturales, leurs machines, leurs semences. Producteur de maïs, de soja, et éleveur de porc dans l'Iowa, Bruce Rowher s'efforce de «prendre mieux soin» de ses terres. Alors que les rendements ont plongé l'été dernier en raison de la pire sécheresse à avoir frappé le pays en plus de 50 ans, il limite les labours pour éviter l'évaporation de l'eau et veille à respecter la rotation des cultures. L'agriculteur, président de l'Association des cultivateurs de maïs de l'Etat, expérimente aussi sur un de ses champs un nouveau système de gestion de l'eau : les drains installés sur la parcelle ne sont plus là uniquement pour évacuer l'eau excédentaire mais pour en contrôler le débit et éventuellement la conserver. Cela lui a permis d'améliorer les rendements de maïs de 63 kilos par hectare, soit environ 11%.

La petite entreprise qui lui a fourni le matériel, Agri Drain, doit sous-traiter une partie de sa production pour faire face à la demande croissante en provenance de tous les Etats-Unis et du Canada. «Les agriculteurs avaient besoin de gérer leur eau, ils ont maintenant aussi besoin de gérer leur manque d'eau», remarque Lisa Newby, responsable des ventes de cette société basée à Adair, dans le centre de l'Iowa. Pour l'instant, l'évolution des tendances climatiques dans l'Etat bénéficie plutôt aux fermiers, selon Gene Takle, spécialiste des sciences du climat à la State Iowa University. La saison de développement des plantes s'est par exemple allongée et les agriculteurs en profitent pour choisir une semence dont la maturation est plus tardive mais le rendement plus élevé. Les pluies sont plus fréquentes au printemps, les nappes phréatiques mieux rechargées, et les fermiers peuvent augmenter la densité de leur semis, jusqu'à 86.000 graines par hectare au lieu de 37.000 il y a 40 ans.

Précipitations sont à double tranchant

Mais ces précipitations sont à double tranchant car elles peuvent retarder l'emblavement. Pour ne pas rater cette période délicate, les agriculteurs s'équipent d'engins plus performants. Justin Crawford, jeune chef d'exploitation à Adair, n'a ainsi pas hésité à débourser 120.000 dollars en 2009 pour acheter un second semoir pour ses 2.000 hectares. L'énorme machine est pour l'instant dans son hangar, objet de travaux de maintenance. Elle déploiera ses gigantesques bras dans quelques semaines pour l'ensemencement du maïs. L'an dernier, l'agriculteur a aussi choisi des semences génétiquement modifiées plus résistantes à la sécheresse, ce qui lui a permis d'avoir une récolte de soja «décente» à défaut d'une bonne saison de maïs. Comme de nombreux fermiers du Midwest, Justin Crawford n'envisage pas d'autres alternatives que les OGM pour ses cultures. «Comment faire autrement si on veut nourrir plus de monde ?»

Ces investissements permettent de limiter la casse en cas de coup dur. «Je ne peux pas contrôler la météo, alors j'essaie de ne pas la laisser m'affecter», remarque placidement le jeune homme. Les efforts déployés par les agriculteurs ne sont pourtant pas toujours suffisants. En Californie par exemple, les arbres fruitiers qui ont besoin de froid en hiver pour fournir une bonne récolte souffrent des températures plus douces en cette saison, souligne le professeur Gene Takle. Et au Kansas, malgré des systèmes d'irrigation de plus en plus étendus, la rentabilité de certaines cultures s'amenuise face à des conditions climatiques toujours plus sèches. Même en Iowa, «on observera sans doute une réduction des rendements d'ici une trentaine d'année», avance Gene Takle. «On finira par atteindre des limites physiologiques».