Internet va-t-il tuer les éléphants?

ANIMAUX Le trafic d'ivoire sur le Web est en pleine explosion, selon un rapport d'Interpol...

Audrey Chauvet

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Un troupeau d'éléphants dans la réserve de Deepor Beel, en Inde. 
Un troupeau d'éléphants dans la réserve de Deepor Beel, en Inde.  — Anupam Nath/AP/SIPA

On savait que les éléphants avaient peur des souris, mais on ignorait que les souris d’ordinateur pouvaient réellement leur nuire. Selon un rapport d’Interpol, l’organisation de police internationale rassemblant 190 pays, l’absence de législation sur les sites Internet pour ces produits issus d’éléphants, dont le commerce a été interdit dans le monde depuis 1989, encourage le trafic d’ivoire illicite.

Des profits «considérables»

Durant deux semaines, des agents d’Interpol ont surveillé 83 sites d’enchères européens sur Internet. Ils ont ainsi identifié 660 annonces pour des produits en ivoire sur 61 d’entre eux. Les détails de ces annonces ont été «analysés et estimés à un volume total d'environ 4.500kg d'ivoire, pour une valeur approximative de 1.450.000 euros», écrit Interpol. Cet ivoire, vendu sous forme d’objets travaillés, «transitait majoritairement par l'Europe à destination de l'Asie, mais trois pays de l'UE et d'Amérique du Nord ont également été identifiés comme destinations courantes», précise le rapport.

Principal moteur du trafic: le profit réalisé entre prix d’achat de l’ivoire illégal et prix de vente. «Un kilogramme d'ivoire brut peut être obtenu dans son pays d'origine en Afrique pour environ 100 dollars (environ 80 euros). La différence de prix entre les pays d'origine et les marchés de destination, allant de 500 à 1.900 euros, prouve qu'après déduction d'environ 10% pour couvrir les frais, les divers intermédiaires peuvent réaliser des profits considérables par la vente d'ivoire illicite», chiffre Interpol.

Renforcer la collaboration avec les douanes

La difficulté particulière qui se pose sur Internet est de pouvoir connaître l’origine de l’ivoire et sa destination: antiquaires, expositions, recherches scientifiques bénéficient d’exceptions et peuvent échanger des objets en ivoire. Mais sur Internet, «l'absence d'obligation pour les vendeurs de prouver la légalité de l'ivoire cause d'importantes difficultés pour réglementer le commerce d'ivoire illicite sur les sites Internet», explique Interpol.

Le trafic d’ivoire, qui a doublé depuis 2007 et «plus que triplé» depuis 1998 d’après la Cites, semble donc se plaire sur la Toile. Ce mardi, une organisation de défense de l'environnement a demandé à Google de supprimer les publicités pour l’ivoire présentes sur son site japonais. Interpol juge pour sa part qu’il est «nécessaire d'améliorer la législation et de renforcer la collaboration avec les douanes pour enquêter plus en détail sur ce type de crime, afin de déterminer l'ampleur et la nature du commerce illicite et de pouvoir prendre des mesures adéquates».