Le printemps de plus en plus précoce

CLIMAT En 2100, les beaux jours pourraient arriver cinq semaines plus tôt...

Audrey Chauvet

— 

Des jonquilles et des tulipes.
Des jonquilles et des tulipes. — PURESTOCK/SIPA

Les oiseaux gazouillent, le soleil brille et les terrasses des cafés se repeuplent. Des signes qui ne trompent pas: le printemps pointe le bout de son nez. Prévu au calendrier pour le 20 mars, le retour des beaux jours se fait chaque année attendre avec impatience, mais le réchauffement climatique pourrait abréger la saison des écharpes: selon des chercheurs américains, en 2100, le printemps pourrait arriver cinq semaines plus tôt qu’actuellement en Amérique du Nord.

La phénologie, ou l’étude des saisons

Les scientifiques avaient déjà remarqué qu’aux Etats-Unis, le printemps avait en moyenne trois jours d’avance ces trente dernières années par rapport aux trente précédentes. Pour preuve, la floraison des plantes et la naissance de certaines feuilles se produisent de plus en plus tôt. Mais le mécanisme qui se cache derrière ce phénomène était méconnu. Pour la première fois, les chercheurs de l’université de Princeton ont mis en évidence un cercle complexe d’interactions entre le climat et les plantes, utilisant pour cela les dernières données de phénologie, la science des saisons.

Un quart des émissions de CO2, gaz à effet de serre responsable du réchauffement climatique, sont absorbées par les sols et donc les plantes, particulièrement durant leur croissance au printemps et en été. Plus il y a de CO2, plus le climat est doux et plus les plantes se développent tôt. «Le principal résultat est le plus évident: il va faire plus chaud, donc la floraison se produira plus tôt, explique David Medvigy, auteur de l’étude. Dans certains cas, ce sera de l’ordre de deux semaines d’avance, mais parfois cela pourrait atteindre un mois ou plus.»

Pâques au balcon

Les changements devraient être plus marqués dans les Etats du Nord des Etats-Unis que dans ceux du Sud, observent également les chercheurs. En France, le printemps 2012 a déjà été marqué par des températures très douces: 0,8°C en moyenne au-dessus de la normale, selon Météo France, et jusqu’à 1,8°C de plus en mars dernier. Mars 2012 figure même parmi les mois de mars les plus ensoleillés depuis 1950. Le printemps pourrait se faire estival et devenir la période de l’année où le réchauffement climatique est le plus visible.

Mais est-ce vraiment une bonne nouvelle? «Cela pourrait conduire à une homogénéisation des écosystèmes», rappellent les scientifiques américains, et en conséquence perturber les migrations des oiseaux et l’alimentation des insectes, engendrant ainsi d’autres déséquilibres biologiques. Certains animaux ou végétaux pourraient migrer vers le Nord ou en altitude pour se mettre au frais, sauf si leur vitesse de migration est «insuffisante par rapport à celle du changement climatique, ce qui pourrait conduire à leur disparition», alerte l’Agence européenne de l’environnement. L’agriculture devra elle aussi s’adapter, en choisissant de nouvelles espèces par exemple, et si la demande de chauffage en baisse permettra de substantielles économies d’énergie, il ne faudrait pas que Pâques au balcon rime avec climatisation à fond.