Pollution aux particules fines: L'abandon du diesel est-il la solution?

POLLUTION Chez nos voisins européens moins accros au diesel, la qualité de l'air est-elle vraiment meilleure?...

Audrey Chauvet
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Fumée de pot d'échappement: illustration.
Fumée de pot d'échappement: illustration. — LE LANN/SIPA

Bouc-émissaire ou coupable? Le diesel, gros émetteur de particules fines, pourrait bien payer pour ses effets néfastes pour l’environnement et la santé. Alors qu’en France le gouvernement se divise sur la manière de faire diminuer la part du diesel dans le parc automobile, le ciel est-il plus bleu chez nos voisins européens, moins accros au gazole?

Avec 80% de la consommation de carburants en France et 60% du parc automobile, la France est la championne d’Europe du diesel. Mais aussi des pics aux particules fines: des dizaines de millions de Français sont soumis chaque année à un dépassement des seuils limites (plus de 35 jours à une concentration supérieure à 50 microgrammes par m3), ce qui vaut à la France d’être menacée de lourdes sanctions financières par la Cour de Justice de l’Union Européenne.

L’air pur des Pays-Bas

Mais l’air est-il vraiment plus pur ailleurs? Si l’on compare les parts de marché du diesel dans les pays d’Europe de l’Ouest et la pollution aux particules fines, la corrélation ne saute pas aux yeux. En Grèce, par exemple, où le diesel ne représente que quelques 3% du parc automobile selon les statistiques du Comité des constructeurs français d’automobile, les concentrations en PM2,5 sont plus élevées qu’à Paris: Athènes a respiré en moyenne 30 microgrammes de particules fines entre 2004 et 2006, selon les mesures du programme européen Aphekom, et la pollution dans la capitale grecque a bien souvent dépassé les limites européennes.

Plus proches de nous, les Pays-Bas, où le diesel ne représente qu’environ 20% des voitures en circulation, bénéficient eux d’un air plus clément que la France. Les limites européennes en matière de PM10 et PM2,5 (respectivement de diamètre inférieur à 10 ou 2,5 micromètres) ne sont qu’exceptionnellement dépassées, rapporte l’Agence européenne de l’environnement. En 2008, seuls 0,1% des Néerlandais ont été exposés à des concentrations élevées de PM10, contre environ 18% de Français en 2011.

Le diesel n’est pas l’unique responsable

Entre la Grèce qui étouffe et les Pays-Bas qui respirent, peut-on tirer une leçon de ces observations? Pas si évident, commente Bertrand Bessagnet, responsable de l’unité modélisation atmosphérique et cartographie environnementale à l’Ineris. «Aucune étude n’a été menée pour établir un lien entre le diesel et les émissions de particules car d’une part, la pollution voyage, et d’autre part les fortes concentrations sont souvent dues à la météo locale», explique-t-il à 20 Minutes. Ainsi, les Pays-Bas «sont beaucoup plus ventilés» que la Grèce où «l’ensoleillement et la chaleur créent des polluants secondaires en plus grande quantité que dans le nord de l’Europe», précise Bertrand Bessagnet.

Il est donc difficile, voire impossible de généraliser, d’autant plus que le diesel est loin d’être le seul émetteur de particules fines: si le trafic routier génère environ 10% des émissions de PM10, l’industrie (29%) et l’agriculture (34%) sont également de gros contributeurs. Seules les villes peuvent réellement accuser les voitures: 45% des particules fines présentes dans l'air francilien sont générées par le trafic. «Mais le chauffage résidentiel, notamment le bois des cheminées, émet aussi beaucoup de particules», rappelle Bertrand Bessagnet. Lutter contre le diesel ne sera donc qu’un des nombreux combats à mener pour vaincre la pollution atmosphérique.