L'air pas si pur de la montagne

ENVIRONNEMENT Vous pensez respirer un air pur sur les pistes? Vous pourriez être déçu...

Audrey Chauvet

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Le Mont Blanc.
Le Mont Blanc. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Ah, l’air pur de la montagne. A l’approche des vacances de février, vous pensez déjà au bon oxygène qui va remplir vos poumons, et pourtant: l’air de la montagne n’est pas à l’abri de la pollution atmosphérique.

Le relief et le soleil, circonstances aggravantes

Un simple coup d’œil aux cartes d’Air Rhône-Alpes suffit à refroidir le skieur: ce jeudi par exemple, la qualité de l’air était mauvaise dans les vallées alpines et un pic de pollution aux particules fines PM10 a été atteint. «La montagne pâtit des activités humaines et des polluants qui se transportent sur de longues distances», explique à 20 Minutes Nathalie Dufour, chargée de projet qualité de l’air chez Enviroconsult.

Ainsi, lorsque les villes des vallées connaissent un pic de pollution, les montagnes en prennent leur part. Et en hiver, lorsque tous les chauffages sont à fond dans ces contrées froides, les particules fines prolifèrent. «Le chauffage au bois utilisé en montagne émet des particules car le bois est mal brûlé, poursuit Nathalie Dufour. De plus, avec les inversions de température qui bloquent les polluants au niveau des sols, on atteint des concentrations de PM10 importantes en fond de vallée.» Autre problème récurrent en montagne: l’ozone, dont la formation est favorisée par les rayonnements solaires. «En montagne, les ultraviolets sont plus forts et cela active certaines réactions chimiques qui créent l’ozone», poursuit Nathalie Dufour.

Rester raisonnable dans l’activité touristique

A tel point que la vallée du Mont-Blanc peut vite atteindre des niveaux de pollution qui dépassent les seuils autorisés. «La vallée de l’Arve est sous le coup d’un contentieux avec la cour européenne de justice pour non-respect de la loi sur l’air», s’indigne Simon Métral, président de l’association pour le respect du site du Mont-Blanc (ARSMB). «Un plan de protection de l’atmosphère a été diligenté par le préfet il y a un an, mais nous pensons qu’il ne va pas assez loin.»

L’association réclame ainsi la réduction des vitesses de 20km/h dans la vallée et des mesures sur le secteur résidentiel pour inciter les gens à modifier leur chauffage. L’ARSMB aimerait aussi que le trafic des poids lourds vers le tunnel du Mont-Blanc soit remplacé par des trains de marchandise en cas de pic de pollution. Et que l’activité touristique sache aussi rester raisonnable: «Continuer aujourd’hui à développer des infrastructures de remontées mécaniques pour relier des pistes entre elles, c’est dépassé, juge Simon Métral. Nous avons un parc susceptible de recevoir beaucoup de vacanciers, et nous en sommes très contents, mais arrêtons de développer à outrance.»