Les Nations unies dénoncent les effets des perturbateurs endocriniens

SANTE Une étude accuse ces substances présentes dans l'environnement de provoquer des cancers et des malformations...

Avec Reuters
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Le bisphénol A est présent dans de nombreux plastiques alimentaires.
Le bisphénol A est présent dans de nombreux plastiques alimentaires. — SIPA

Les perturbateurs endocriniens chimiques pourraient être en partie responsables de la recrudescence de malformations à la naissance, de cancers hormono-dépendants et de troubles neurologiques et psychiatriques, selon un rapport des Nations unies publié ce mardi.

Athme, accidents vasculaires-cérébraux ou maladie d'Alzheimer

Selon le Programme des Nations unies pour l'Environnement (PNUE) et l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), «de nombreuses substances chimiques synthétiques dont les effets perturbateurs sur le système endocrinien n'ont pas été testées pourraient avoir des conséquences non négligeables sur la santé». Les experts soupçonnent ces substances d'être responsables des troubles de la reproduction observés chez l'homme, de la hausse des cancers, autrefois rarissimes, chez l'enfant, mais aussi de l'asthme, des accidents vasculaires-cérébraux, de la maladie d'Alzheimer et de Parkinson, de l'obésité, ou encore de la disparition de certaines espèces animales.

De plus, les enfants exposés avant ou après la naissance à ces perturbateurs sont jugés particulièrement vulnérables et susceptibles de développer plus tard des troubles du comportement ou de l'apprentissage, telle la dyslexie. Dans certains pays, ces troubles affectent 5 à 10% des enfants à la naissance, et l'autisme peut affecter jusqu'à 1% des enfants. Les leucémies et les cancers du cerveau sont aussi en hausse chez l'enfant, selon le rapport.

Phtalates et bisphénol A coupables

Parmi les substances incriminées figurent les phtalates, longtemps utilisés pour rendre les matières plastiques plus souples et utilisés notamment pour fabriquer des jouets, des tétines, des parfums et des médicaments, ainsi que des produits cosmétiques, comme des déodorants. Le rapport cite également les perturbateurs présents dans les pesticides, les appareils électroniques, ainsi que certains additifs ou contaminants dans l'alimentation. Les experts estiment qu'ils seraient présents dans les récipients ou les bouteilles et passeraient dans les boissons et l'alimentation.

Le bisphénol A, interdit depuis le début de l'année en France pour les contenants destinés aux enfants de moins de trois ans, en fait partie. On le retrouve dans le polycarbonate et dans des résines époxy utilisées dans le revêtement intérieur des boîtes de conserve, des canettes et des canalisations. Mais les auteurs du rapport soulignent que des «centaines de milliers» d'autres perturbateurs sont utilisés dans le monde et que seule une petite partie est reconnue comme potentiellement nuisible pour la santé et le système endocrinien.

Une «menace mondiale»

La contamination intervient de plusieurs façons. «Les perturbateurs endocriniens chimiques peuvent entrer dans l'environnement principalement par le biais des effluents industriels et urbains, le ruissellement des terres agricoles et l'incinération et le rejet des déchets. L'être humain peut y être exposé lors de l'ingestion de nourriture, de poussière et d'eau ou de l'inhalation de gaz et de particules présents dans l'air, ainsi que par contact cutané», souligne le rapport.

Les auteurs déclarent par conséquent l'existence d'«une menace mondiale qui doit être résolue», et qui pourrait être «largement sous-estimée». Ils préconisent d'approfondir les recherches afin de bien comprendre les liens qui existent entre ces perturbateurs endocriniens chimiques et les troubles observés. «Tous ces troubles complexes ont des causes à la fois génétiques et environnementales, soulignent-ils. Mais comme les connaissances dont on dispose sont très lacunaires, il est extrêmement difficile de déterminer exactement les causes et les effets.»