Farines animales: Les poissons qui mangent de la viande, un nouveau danger dans nos assiettes?

ALIMENTATION Dès le 1er juin, les poissons d'élevage pourront être nourris avec des farines de porcs et de volailles...

Audrey Chauvet

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Un saumon d'élevage en Ecosse.
Un saumon d'élevage en Ecosse. — CLOPET/SIPA

C’était certainement le pire moment pour l’annoncer: ce vendredi, la Commission européenne a confirmé que l’autorisation d’utiliser des farines de porcs et de volailles pour nourrir les poissons d’élevage serait en vigueur dès le 1er juin. En plein scandale de la viande de cheval, ce retour des farines interdites après la crise de la vache folle en 2001 fait mauvais effet.

Pas les mêmes farines que lors de la vache folle

La ministre de l’Ecologie, Delphine Batho, a ainsi déclaré ce dimanche qu’elle pensait «le plus grand mal» de la décision européenne, prise en juillet 2012 mais publiée au Journal officiel la semaine dernière. «Je n'avais pas vu cette décision (…) et j'en pense le plus grand mal», a déclaré Delphine Batho. Selon la ministre, il s'agit de «la même logique d'absurdité financière» que pour la viande de cheval et elle a proposé en conséquence que la filière piscicole française s'organise «pour qu'il y ait un label "sans farine animale" qui puisse faire son apparition sur les étalages pour dire aux consommateurs français: “le poisson que vous achetez n'a pas été nourri avec de la viande”.»

Mais est-ce si dangereux que ça en a l’air? Le ministre de l’Agriculture rappelait vendredi, dans un entretien accordé à 20 Minutes, qu’«il ne s’agit pas des farines animales dont on parlait pendant la crise de l'ESB, l'encéphalopathie spongiforme bovine, mais de protéines animales provenant de porcs et de volailles propres à la consommation». En effet, le texte européen précise qu’il s’agit de protéines animales transformées (PAT), définies comme «des protéines animales qui dérivent en totalité de co-produits d'abattage propres à la consommation humaine excluant les animaux malades et n'incluant aucun produit à partir de sang, lait, colostrum, gélatine, (…) œufs, collagène».

Des raisons financières, des risques de dérapages?

De plus, les ruminants (moutons, vaches et chèvres), qui sont le plus susceptibles de développer une encéphalopathie spongiforme, restent exclus de la liste des animaux destinés à l’alimentation des poissons carnivores. Seuls les porcs et les volailles, relativement à l’abri du prion, l’agent responsable de l’ESB, pourraient finir en granules pour saumons. Bruxelles a précisé que la décision était «conforme aux avis scientifiques les plus récents selon lesquels le risque de transmission d'ESB entre animaux non-ruminants est négligeable». A condition, bien sûr, que les farines soient traçables et que les filières soient régulièrement contrôlées: «Lever l’interdiction est suicidaire car le coût peu onéreux de la farine va entraîner une multiplication de cette pratique et forcément des dérapages», réagissait ainsi le député européen José Bové.

Car cette décision européenne est motivée par des intérêts économiques: l’augmentation du prix des céréales et la réforme de la politique des pêches limitant la quantité de petits poissons destinés à devenir des aliments pour leurs cousins d’élevage pèsent lourd sur la facture des éleveurs. Selon le Comité interprofessionnel des produits de l'aquaculture (Cipa), les farines de porcs ou de volailles pourraient permettre d’économiser jusqu’à 5% du coût de production des poissons d’élevage en remplaçant seulement 7 à 15% des ingrédients contenus dans les aliments. Reste à savoir si le consommateur préférera un poisson moins cher nourri aux farines animales à un poisson labellisé «sans farines animales».