Olivier Andrault: «La complexité du système agroalimentaire est un secret de Polichinelle»

CRISE Le chargé de mission alimentation et agriculture à l'UFC-Que Choisir rappelle que la crise de la viande de cheval a des causes plus larges qu'une simple fraude de la part d'un fournisseur...

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Un abattoir roumain, le 12 février 2013.
Un abattoir roumain, le 12 février 2013. — Vadim Ghirda/AP/SIPA

Des traders qui recherchent la viande la moins chère, des carcasses transformées en «minerai»,  des dizaines d’intermédiaires entre les élevages et les magasins… C’est le bazar dans nos assiettes. Pour Olivier Andrault, chargé de mission alimentation et agriculture à l'UFC-Que Choisir, c’est toute l’industrie agroalimentaire qui doit renforcer ses contrôles.

Comment en sommes-nous arrivés à avoir un système agroalimentaire aussi complexe?

La complexité du système agroalimentaire est un secret de Polichinelle. Nous sommes surpris que certains, parmi les pouvoirs publics, découvrent l’existence des traders de matières premières ainsi que la complexité et l’opacité de ces circuits. Tous ceux qui connaissent l’agroalimentaire savent que les circuits d’approvisionnement sont complexes et les fonctions d’acheteurs, qui se comportent de plus en plus en traders, existent de longue date. Ils achètent les matières premières là ou elles sont les moins chères.

Est-ce cette organisation qui crée les scandales comme celui de la viande de cheval?

Ce système ne pose pas de problème s’il ne menace pas la traçabilité, qui est une notion essentielle pour garantir le système sanitaire européen. Cette traçabilité consiste à avoir une chaîne d’opérateurs dans laquelle chaque maillon reçoit des informations de l’étape précédente et en transmet à l’étape suivante. Cela ne peut marcher que si les différents maillons de la chaîne se connaissent et se font confiance. A l’inverse, si un trader fait appel à des fournisseurs en cascade, l’acheteur final n’a aucun moyen de connaître l’origine des produits. Notre crainte c’est que, comme l’ont affiché les ministres européens à Bruxelles, on fasse de cette crise une fraude uniquement liée à Spanghero alors que la problématique est l’approvisionnement et peut concerner toutes les filières agroalimentaires.

Que peut-on faire pour régler le problème?

Nous demandons, au-delà des vérifications mises en place, de maintenir les effectifs de contrôle officiels et de faire la transparence sur l’approvisionnement des matières premières. Nous souhaitons que l’indication du pays d’origine des ingrédients principaux figure sur tous les produits transformés.

Est-ce que les distributeurs ont aussi une part de responsabilité en exerçant une pression à la baisse des prix de l’alimentaire?

La pression qui est mise sur les différents maillons de la chaîne peut avoir contribué à cette situation et au développement de cette fonction de trader. Mais la grande distribution n’est pas la seule responsable, la recherche de la diminution des coûts concerne toute la chaîne.

Peut-on encore manger bien et à bas prix?

Nous sommes persuadés qu’on peut manger bien et pas cher. A l’UFC-Que choisir, nous n’avons jamais trouvé de différence sanitaire entre des produits de marque nationale, des produits de distributeur et des produits premier prix. La qualité nutritionnelle n’est pas différente non plus. La seule chose qui varie, c’est le goût, lié à la proportion d’aliments chers dans le produit, par exemple la viande par rapport à la sauce. 

Et ce «minerai» utilisé pour les produits transformés, est-ce sain d’en consommer?

Quand on abat une bête, le muscle est la partie la plus chère et la mieux valorisée, vendue en morceaux découpés. Sur la carcasse, il reste des petits morceaux qui sont du même niveau sanitaire que les morceaux nobles si l’abattage est fait dans les règles de l’art. Ces morceaux sont utilisés pour faire des produits tels que les lasagnes ou les raviolis mais ils ne présentent aucun risque.