Pollution en Chine: «On ne pourra pas rester à Pékin avec un bébé»

TEMOIGNAGE Pour cette expatriée française à Pékin, vivre dans la capitale chinoise avec des enfants pourrait devenir problématique...

Audrey Chauvet

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Pollution à Pékin, le 31 janvier 2013.
Pollution à Pékin, le 31 janvier 2013. — HAP/Quirky China News //REX/SIPA

Les images de nuages grisâtres ont fait le tour du monde et, chose plus rare, la une des médias chinois. L’épisode de pollution record qu’a traversé Pékin en janvier a marqué une prise de conscience de la population chinoise sur les problèmes environnementaux causés par la croissance économique fulgurante du pays. Pour les expatriés vivant dans la capitale chinoise, ces semaines ont été difficiles à vivre, en particulier pour les enfants.

Quinze jours sans récréations

Caroline Mocquiaux vit à Pékin depuis quatre ans et est maman de trois enfants, âgés de 11 ans, 8 ans et un an. Pour elle, il aurait été impossible de traverser l’épisode de pollution sans purificateurs d’air à la maison. «Il y avait comme une chape de brouillard sur toute la ville, on ne voyait pas les immeubles d’en face et on ressentait une forte odeur dès qu’on ouvrait la porte», raconte-t-elle. «Pas besoin d’avoir beaucoup d’odorat pour sentir le problème: c’était comme si on était derrière des pots échappement, près d’une usine ou au bord du périphérique… Ça sentait aussi un peu le charbon à cause des chauffages.»

Pour elle, la situation s’est nettement dégradée ces dernières années et cet hiver, le froid, le trafic routier et les usines qui tournaient à plein régime avant la fermeture annuelle du Nouvel An chinois ont créé une situation «effrayante»: «On estime qu’au-dessus d’un niveau de pollution aux particules fines de 300, les enfants ne doivent pas sortir, or nous sommes arrivés à 798», témoigne la Française. En conséquence, «mon bébé n’est pas sorti pendant quinze jours», raconte-t-elle. Le lycée français de Pékin, où sont scolarisés ses aînés, s’est lui équipé de purificateurs d’air et a cessé toutes les activités d’extérieur et le sport. «Les enfants étaient confinés dans les salles de classe, poursuit Caroline Mocquiaux. Quinze jours sans récréations, je plains les professeurs!»

Les purificateurs d’air, trop chers pour les Chinois

Malgré cela, sa fille de huit ans a été victime de maux de tête et de mal au cœur. Les parents expatriés ont demandé à renforcer le «protocole» en permettant aux enfants de ne pas se rendre à l’école lors des pics de pollution. Les enfants chinois, eux, sont moins favorisés: «Il devrait y avoir des purificateurs d’air dans toutes les crèches et les maternelles, ainsi que dans les maisons, pense Caroline Mocquiaux. Mais un purificateur pour une pièce de 20m² coûte environ 300 euros, plus 100 euros pour les filtres tous les six mois, c’est hors de la bourse des Chinois moyens.»

Seul point positif, la prise de conscience dans la population chinoise: «La dame qui travaille chez moi me disait les années précédentes qu’il y avait du brouillard, cette année elle prononçait le mot pollution», témoigne la Française. Comme d’autres expatriés, la famille de Caroline Mocquiaux a profité des congés du Nouvel An chinois pour revenir en France et «faire respirer les enfants». «Si ça continue comme ça, on ne pourra pas rester à Pékin avec un bébé en bas âge», reconnaît-elle.