Isabelle Autissier: «C'est la dernière chance pour la pêche»

INTERVIEW La présidente du WWF espère que les députés européens confirmeront la réforme de la pêche ce mercredi...

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Pour la navigatrice, et présidente du WWF France Isabelle Autissier, "les poissons d'eau froide sont le dos au mur : ou ils s'adaptent, ou ils disparaissent".
Pour la navigatrice, et présidente du WWF France Isabelle Autissier, "les poissons d'eau froide sont le dos au mur : ou ils s'adaptent, ou ils disparaissent". — SIMON ISABELLE/SIPA

Plus de poissons, plus de pêcheurs. Plus simple qu’une morale de La Fontaine, ce principe a néanmoins toujours besoin d’être défendu par les associations militant en faveur d’une réforme de la politique des pêches européennes. Le WWF espère que les parlementaires réunis ce mercredi pour discuter de la politique commune de la pêche (PCP) prendront en compte les recommandations des scientifiques sur les stocks de poissons. La navigatrice Isabelle Autissier, présidente du WWF-France, explique pourquoi il est urgent de changer de filets.

Qu’espérez-vous de la réunion des parlementaires européens ce mercredi?

Nous sommes très mobilisés car nous considérons que c’est la dernière chance pour la pêche. Nous sommes à la fois face à un écroulement des stocks de poissons et à un fort taux de chômage chez les pêcheurs. Nous sommes entrés dans les dix années décisives, si on ne fait pas quelque chose maintenant, ce sera trop tard.

La première réunion intermédiaire des députés en décembre a été plutôt dans le sens de vos attentes, y a-t-il encore des points à améliorer?

Nous sommes contents que l’avis des scientifiques soit réellement pris en compte et qu’il ne soit pas une simple variable d’ajustement. Maintenant, nous souhaitons que les rendements maximums durables soient calculés avec une marge car sur des stocks aussi fragiles et aussi détériorés, on n’est jamais à l’abri d’un problème. Le deuxième point sur lequel nous sommes mobilisés, c’est l’arrêt des captures accessoires. Le zéro rejet est un bel objectif à moyen terme, mais il faut aussi que l’Europe investisse dans des moyens de recherche pour ne pas pêcher ces espèces qu’on ne commercialise pas. Il faut donc faire porter l’effort sur les engins de pêche, les zones et les époques pour minimiser le gaspillage des ressources marines. Le dernier point qui nous paraît important, c’est de rapprocher nos objectifs de ceux des pêcheurs. On peut s’appuyer sur les pêcheurs artisans et créer des commissions avec les pouvoirs publics,  les consommateurs, les ONG et la société civile, pour décliner en objectifs concertés les principes que l’Europe pourra avoir adopté.

Les petits pêcheurs sont donc plutôt d’accord avec vous?

Oui, car ils gèrent leur jardin, ils ne sont pas idiots. Nous souhaiterions que l’accès à la ressource favorise les pêches vertueuses, et que celles qui utilisent le moins de carburant fossile, qui créent le plus d’emplois et qui ont le plus petit taux de subventions publiques par kilo de poisson aient un droit préférentiel.