Pollution en Chine: «Depuis "l'Air-maggedon", les gens sont plus attentifs à la qualité de l'air»

TEMOIGNAGES Les Français de Chine nous ont raconté comment ils vivent l'épisode de pollution record à Pékin et Shanghai...

Audrey Chauvet
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La place Tian'anmen, à Pékin, le 29 janvier 2013.
La place Tian'anmen, à Pékin, le 29 janvier 2013. — Ng Han Guan/AP/SIPA

A chaque jour son record: depuis le 13 janvier, Pékin suffoque sous un épisode de pollution sans précédent. Les concentrations en particules fines dans l’atmosphère ont atteint des niveaux trente fois supérieur à ceux que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime sans risque pour la santé, et la situation ne semble pas s’améliorer: l'indice de la qualité de l'air mesuré par l'ambassade américaine était ce mardi de 517, soit plus de quarante fois le seuil préconisé par l'OMS.

Une appli pour suivre la pollution heure par heure

«Nous en parlons quotidiennement entre expatriés, témoigne Chris, Américain résidant à Pékin depuis trois ans. Depuis "l’Air-maggedon" des 16 et 17 janvier, lorsque les niveaux de particules fines ont dépassé les normes, les gens sont plus attentifs à la qualité de l’air.» Les achats de purificateurs d’air intérieur se sont multipliés: «J’en avais déjà un dans ma chambre, mais j’ai également téléchargé une application pour suivre heure par heure les index de pollution et je porte régulièrement un masque», précise Chris.

Philippe, internaute de 20 Minutes résidant à Tianjin, près de Pékin, déplore que «la ville ne s'arrête pas, les chantiers continuent», malgré les promesses des autorités. «L’environnement n’est pas la priorité en Chine, c’est le développement économique qui est privilégié, pense Jenny, qui a vécu en 2011 à Pékin où elle était étudiante en master spécialisé dans l’environnement. Les gens sont inquiets sinon ils ne porteraient pas de masques, mais il y a une omerta sur le sujet». Néanmoins, Jenny estime que «Si du jour au lendemain la Chine veut changer les choses, ça marchera», comme elle l’avait fait pour les Jeux olympiques de Pékin en 2008. «Il n’y avait plus de voitures dans les rues, les centrales à charbon avaient été arrêtées… Le ciel n’avait pas été aussi bleu depuis longtemps», se souvient-elle.

«Le ciel n'est jamais vraiment bleu»

Le ciel n’est pas plus clément à Shanghai, la ville d’affaires la plus peuplée du pays, même si «on ne sait jamais si la brume est vraiment liée à la pollution ou à la météo», témoigne Stéphane, Français de 29 ans résidant depuis trois ans à Shanghai. Lui n’a pas parlé de la pollution avec ses collègues chinois et n’a pas ressenti la nécessité de porter un masque. Néanmoins, tous les habitants de Shanghai constatent une couleur étrange dans le ciel: «Même lorsqu'il fait beau, le ciel n'est jamais vraiment bleu», décrit Coralie, 23 ans, étudiante à Shanghai. «Après avoir séjourné deux ans à Shanghai, je peux vous assurer que Paris est une campagne!, s’exclame Nicolas, internaute de 20 Minutes. On a toujours une sensation de suffocation.»

A Shanghai, ces derniers jours ont été particulièrement difficiles: «J'habite depuis quatre mois dans le quartier financier de Pudong, écrit Mehdi. Ces derniers jours ont été pires que tout ce que j'avais vu! Epais brouillard, vision limitée à 50-100 mètres, air irrespirable, bref l'horreur!» Amaury confirme: «Résidant depuis septembre à Shanghai, c'est la première fois que je constate un tel phénomène et apparemment selon les relations que je côtoie ici, et qui y vivent depuis plusieurs années, la première fois qu'un phénomène d'une telle ampleur a lieu depuis de longs mois». Certains portent un masque, d’autres regrettent l’air pur de la France, mais tous sont unanimes pour dire que les mesures annoncées par le gouvernement chinois seront loin de régler le problème de pollution chronique en Chine.