Fuite de gaz à Rouen: Pourquoi l'usine Lubrizol n'a-t-elle pas de plan de prévention des risques technologiques?

PLANETE Malgré son statut de site à haut risque, l'entreprise reste dans l'attente d'une régularisation...

Corentin Chauvel

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L'usine  Lubrizol, près de Rouen, où une fuite de gaz a provoqué un nuage  nauséabond jusqu'à la région parisienne. Le 22 janvier 2013.
L'usine Lubrizol, près de Rouen, où une fuite de gaz a provoqué un nuage nauséabond jusqu'à la région parisienne. Le 22 janvier 2013. — BEAUFILS/SIPA

Alors que les opérations de neutralisation des émanations de mercaptan de l'usine Lubrizol de Rouen (Seine-Maritime) se poursuivent ce jeudi, certaines interrogations soulevées par l’incident sont toujours en suspens. Dans un communiqué publié mercredi, l’Association nationale pour la prévention et l'amélioration de la qualité de l'air (Respire) s’étonne que l’entreprise, «première exportatrice de Haute-Normandie», n’ait pas de Plan de prévention des risques technologiques (PPRT).

L’usine Lubrizol, qui fabrique des additifs servant à enrichir les huiles, les carburants ou les peintures industrielles, est classée Seveso depuis 2009, c’est-à-dire qu’il s’agit d’un site industriel à haut risque. Le PPRT, mis en place par une loi de 2003 après l’explosion de l’usine AZF de Toulouse en 2001, doit ainsi permettre une gestion optimale de la cohabitation entre ce site industriel et son environnement urbain immédiat.

Trois arrêtés de la préfecture, aucune réalisation

Ce PPRT intervient sous la forme d’expropriations des bâtiments trop proches d’une usine à risque, de travaux sur les bâtiments permettant la protection des occupants, ou encore de restrictions sur l’urbanisation future autour du site.

Or l’usine Lubrizol n’en dispose toujours pas à l’heure actuelle, selon Respire. L’association raconte que la préfecture de Seine-Maritime a bien demandé, dès 2010, la mise en place d’un PPRT pour le site industriel rouennais, mais que depuis trois ans, et malgré trois arrêtés en ce sens, il n’est toujours pas instauré. Son délai de réalisation a été prolongé jusqu’au 6 novembre prochain, précise Respire. Contactée par 20 Minutes, la préfecture de Seine-Maritime n’était pas en mesure, ce jeudi après-midi, de nous répondre.

Lubrizol, pas un cas isolé

Respire met également en avant que le cas de Lubrizol n’est pas «isolé». D’autres usines françaises sont toujours en attente d’un PPRT. «Vous avez aujourd'hui en France 421 sites Seveso pour lesquels ont été prescrits des plans de prévention des risques technologiques et moins de la moitié aujourd'hui ont un plan de prévention des risques qui soit abouti et mis en œuvre», a confirmé mercredi auprès de l’AFP la ministre de l’Ecologie, Delphine Batho.

En cause, des procédures particulièrement complexes, aussi bien pour les expropriations que pour le financement des travaux chez les particuliers - 40% de crédit d’impôt -, a expliqué mercredi Terra Eco. De plus, «approuver un PPRT, ça ne veut pas dire que les expropriations ont été effectuées et que les travaux d’aménagement ont été réalisés», a souligné auprès du site un porte-parole de l’Association nationale des communes pour la maîtrise des risques technologiques majeurs (Amaris).

Sur ce sujet, Respire pointe du doigt la Dreal (Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement), «cette fameuse police de l’environnement», qui ne dispose pas des moyens humains et financiers «pour réaliser les contrôles nécessaires». Une situation léguée par le précédent gouvernement, selon Delphine Batho, qui promet que le sien changera la donne: «Nous travaillons d'arrache-pied à cette prévention des risques technologiques et il faut encore mettre l'accélérateur par rapport à la situation de tous ces sites Seveso qui sont à proximité des habitations.»