Lubrizol: Tout comprendre de la fuite de gaz à Rouen

PLANETE Alors que les opérations de neutralisation du gaz se poursuivent, «20 Minutes» fait le point sur l'incident...

Corentin Chauvel avec Reuters

— 

L'usine Lubrizol de Rouen (Seine-Maritime), le 22 janvier 2013.
L'usine Lubrizol de Rouen (Seine-Maritime), le 22 janvier 2013. — C.TRIBALLEAU / AFP

Au lendemain de la fuite de gaz de l’usine Lubrizol de Rouen (Seine-Maritime), une double enquête, judiciaire et administrative, a été ouverte pour déterminer les causes de l’incident. 20 Minutes revient sur ses circonstances et ses conséquences.

Que s’est-il passé à l’usine Lubrizol de Rouen?

Classée Seveso, l'usine Lubrizol fabrique des additifs qui servent à enrichir les huiles, les carburants ou les peintures industrielles. Pierre-Jean Payrouse, directeur des opérations internes de l'usine, a expliqué à RTL qu'il ne s'agissait pas exactement d'une fuite mais d'un produit qui s'était décomposé dans une cuve en raison d'une «élévation anormale de température», pour des raisons qui n'ont pas encore été élucidées. L'incident, qui a eu lieu lundi, est «sans doute» lié à «une négligence ou une faute», a déclaré ce mercredi la ministre de l’Ecologie, Delphine Batho. L’émanation de ce gaz nauséabond a duré jusqu’à mardi soir, submergeant une large zone autour de Rouen, qui s’est étendue jusqu’à la côte sud de la Grande-Bretagne à l’ouest et la région parisienne à l’est. Un incident du même type s'était déjà produit dans la même usine dans les années 1990, mais les systèmes de sécurité et de traitement ont été renforcés depuis, selon Pierre-Jean Payrouse.

Quel est ce gaz et est-il dangereux?

Le mercaptan, un composé soufré donnant des odeurs nauséabondes, est associé au gaz de ville afin de permettre de sentir une fuite qui serait autrement inodore et d'éviter les accidents. Il est classé dans la liste des produits «toxiques par inhalation» et «dangereux pour l'environnement». Officiellement, le mercaptan est sans danger à faible dose, mais même dans ces conditions, son inhalation n'est pas sans danger pour les personnes fragiles (asthmatiques, enfants en très bas âge). Les seuils auxquels ont été soumis les riverains «sont très en dessous des seuils ayant un impact sanitaire», selon les autorités. «Le seuil sanitaire est en effet 20.000 fois supérieur à son seuil olfactif, expliquant les désagréments qui ont pu intervenir du fait d'odeurs incommodantes», ont-elles expliqué.

Comment s’est déroulée l’opération de réparation de la fuite?

Dans un premier temps, l'exploitation de l'usine Lubrizol a été arrêtée. Les premiers traitements pour tenter de stopper les émanations sont intervenus dans la nuit de mardi à mercredi. Un premier traitement de la cuve consistant à verser de l'eau de javel dans un bac de soude a débuté vers 1h du matin. La cellule de veille de la préfecture de Seine-Maritime a précisé que cette première phase des opérations avait tardé en raison de la nécessité de procéder auparavant à des mesures de pression et de température. Pour l'instant, deux tonnes de la solution délétère ont été traitées sur un total de 36 tonnes. Mais «il va y avoir une montée en charge», prévient le préfet, qui estime que «les opérations vont prendre plusieurs jours».

Qu’est-ce qui a cloché avec la communication des autorités?

Outre les interrogations concernant le danger réel ou non du mercaptan, Michèle Rivasi, députée européenne d'Europe Ecologie-Les Verts, estime que les autorités ont failli au principe de précaution en n'alertant pas au moins les riverains dès lundi soir, notamment les personnes fragiles. Elle regrette que celles-ci soient parties du principe que la concentration en gaz était suffisamment basse pour ne pas déclencher d'alerte, d’autant plus que les services d’urgence ont reçu des milliers d’appel. En Grande-Bretagne par exemple, malgré la distance, les pompiers ont immédiatement donné des consignes, invitant les habitants à laisser portes et fenêtres fermées en raison du nuage de gaz.

Où en est la fuite?

Ce mercredi matin, les rejets de gaz ont considérablement diminué, a annoncé le préfet de Haute-Normandie, Pierre-Henry Maccioni. «La neutralisation se passe bien, il n'y a plus de mercaptan autour de l'usine», a-t-il précisé. Ce mercredi après-midi, un tiers du gaz incriminé, soit environ dix tonnes, avait été neutralisé, selon Delphine Batho. Par ailleurs, les concentrations relevées ce mercredi matin sont inférieures aux seuils de détection aux abords de l'usine, ce qui permet aux 260 salariés des cinq usines avoisinantes de reprendre le travail, a ajouté le directeur de la Direction régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement, Patrick Berg.