Christian Navarre: «Des éléments probants sont le meilleur moyen de tuer les germes de panique»

INTERVIEW Le psychiatre Christian Navarre estime que la fuite de gaz survenue à Rouen n'a pas engendré de «psychose collective»...

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Christian Navarre, psychiatre.
Christian Navarre, psychiatre. — DR

Ils l’ont dans le nez: le nombre important de témoignages sur l’odeur nauséabonde qui s’est répandue en Normandie et en région parisienne durant la nuit de lundi à ce mardi est-il le signe d’une «psychose collective»? Réponse avec Christian Navarre, psychiatre, chef de service au centre hospitalier du Rouvray (Seine-Maritime) et auteur de Psy des catastrophes (éd.Imago).

Y a-t-il une psychose collective autour de cette fuite de gaz?

La  psychose collective, c’est quand on tombe dans une croyance irraisonnée et sans fondement. Or, quand les gens ressentent une odeur sans avoir de précisions sur sa toxicité, l’inquiétude est légitime. On ne peut donc pas parler de panique, mais quand les informations officielles démentent tout risque, à ce moment-là se pose la question d’accepter ou non ces informations comme justes. 

Au contraire, la réaction peut être de penser «On nous ment»?

C’est classique d’avoir une part de suspicion. Les services concernés, les responsables de l’incident ou l’Etat doivent donc être le plus clairs possible très rapidement pour éviter la contamination psychique qui, si elle se développe, peut devenir incontrôlable. 

Le gaz porte-t-il une charge d’angoisse particulière?

Dans l’inconscient collectif, un agent invisible non identifiable qui se diffuse partout est potentiellement un danger, d’autant plus quand on n’a aucune information sur sa provenance. La suggestibilité, c’est-à-dire la possibilité d’introduire une idée dans l’esprit de quelqu’un et de le convaincre, est importante. Cela peut entraîner des craintes transmises d’une personne à l’autre. A partir de sensations, on peut avoir un début d’angoisse, c’est pourquoi la réassurance par des officiels, des éléments probants et une transparence rapide sont le meilleur moyen de tuer les germes de panique.