Le WWF demande à la Thaïlande d'interdire le commerce d'ivoire

ENVIRONNEMENT Le braconnage d'éléphants connaît une recrudescence inquiétante selon l'ONG...

Audrey Chauvet

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Un cadavre d'éléphant, au Cameroun, le 23 février 2012.
Un cadavre d'éléphant, au Cameroun, le 23 février 2012. — AFP PHOTO / STR

Leurs défenses sont leurs faiblesses: les éléphants, longtemps chassés pour leur ivoire, sont encore menacés par les braconniers malgré l’interdiction du commerce de la précieuse substance depuis 1989. Les braconniers seraient même aujourd’hui encouragés par un trafic important en Asie, où les prix de l’ivoire s’envolent.

«Les touristes seraient horrifiés»

Selon le WWF, des «quantités massives» d’ivoire africain sont importées illégalement en Thaïlande où il est transformé en statues bouddhistes, bracelets et autres bijoux pour touristes. «Beaucoup de touristes étrangers seraient horrifiés d’apprendre que les bibelots en ivoire des magasins thaïlandais peuvent provenir d’éléphants massacrés en Afrique», estime Elisabeth McLellan, qui dirige le programme de protection des espèces au WWF.

Si l’ONG a pris la Thaïlande pour cible, c’est en raison de la législation particulière qui permet à de l’ivoire illégal de se frayer une place sur les étals des marchés: le commerce d’ivoire provenant d’éléphants domestiqués dans le pays y est autorisé. Or, les contrôles sur les produits sont rares et il est bien difficile de savoir ce que l’on achète. Le commerce international d’ivoire a lui été interdit par la Convention des Nations unies sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (Cites) en 1989. «La seule manière d’empêcher que la Thaïlande contribue au braconnage d’éléphants est d’y interdire toutes les ventes d’ivoire», déclare Janpai Ongsiriwittaya, qui mène la campagne du WWF en Thaïlande. «Aujourd’hui, les premières victimes sont les éléphants d’Afrique, mais ce pourrait ensuite être les éléphants thaïlandais.»

La Thaïlande n’pas favorable à une interdiction

Selon un rapport publié en juin 2012 par la Cites, «le braconnage des éléphants est à son pire niveau depuis une décennie et le volume des saisies d’ivoire enregistrées atteint celui de 1989». Les saisies d’ivoire en transit entre l’Afrique et l’Asie ont permis à la Cites de savoir que «La Chine et la Thaïlande sont les deux premières destinations des expéditions d’ivoire illicite». Pour les populations africaines, le braconnage est souvent un revenu non négligeable: le rapport de la Cites «montre que l’abattage est le plus intense là où les moyens de subsistance des populations humaines sont les moins assurés, et où la gouvernance et la lutte contre la fraude sont les plus faibles».

Le WWF a lancé une pétition en ligne pour demander au gouvernement thaïlandais d’interdire le commerce d’ivoire, mais les autorités du pays ont répondu ce mardi qu’une interdiction n’était pas à l’ordre du jour. «Ce n’est pas faisable pour le moment car dans le cas des éléphants domestiqués, le propriétaire a le droit de faire ce qu’il veut des restes de son animal décédé, a déclaré un représentant de l’administration des parcs nationaux et de la conservation des espèces. Nous ne pouvons donc pas les empêcher de vendre les défenses.»  Une réunion internationale de la Cites se tiendra en mars prochain à Bangkok pour discuter de ce problème.

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