Le mercure, une pollution qui menace 10 à 15 millions de personnes

POLLUTION L'orpaillage et la combustion du charbon déposent chaque année des tonnes de mercure dans l'environnement...

Audrey Chauvet

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Un enfant pratique l'orpaillage à Calcutta, en Inde.
Un enfant pratique l'orpaillage à Calcutta, en Inde. — ZEPPELIN/SIPA

Une menace pour la santé humaine et l’environnement: le Comité de négociation intergouvernemental sur le mercure, réuni à Genève du 13 au 18 janvier, va tenter d’aboutir à un accord international pour réduire la pollution au mercure. Rejeté dans l’environnement par les industries, notamment lors de l’extraction de l’or et de la combustion du charbon, le mercure pourrait avoir de graves conséquences pour la santé.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a classé le mercure comme «extrêmement préoccupant» pour la santé humaine. Même à de petites quantités, l’exposition au mercure «constitue une menace pour le développement de l’enfant in utero et à un âge précoce. Le mercure peut avoir des effets toxiques sur les systèmes nerveux, digestif et immunitaire, et sur les poumons, les reins, la peau et les yeux», rappelle l’OMS.

Les poissons contaminés

Or, selon un rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), 10 à 15 millions de personnes sont directement exposées au mercure dans les mines d’or en Afrique, Asie et Amérique du Sud, dont 3 millions de femmes et d’enfants. La combustion du charbon est pour sa part responsable de l’émission de près de 475 tonnes de mercure par an dans le monde, soit environ 24% des émissions mondiales. Sans oublier le mercure utilisé pour les soins dentaires, dont environ 100 tonnes finissent dans les poubelles des dentistes chaque année.

Or, ce mercure émis ou jeté peut persister dans l’environnement pendant plusieurs siècles, affirme le PNUE, et voyager très loin: on estime que 200 tonnes de mercure se déposent chaque année dans l’Arctique et certaines espèces de la faune polaire sont exposées à des niveaux de mercure dix fois plus élevés qu’il y a 150 ans. Plus près de nous, les rivières et les côtes sont bien souvent polluées: au cours du siècle dernier, la quantité de mercure présente dans les cent premiers mètres des océans de la planète a doublé, écrit le PNUE. En conséquence, «la majorité des expositions humaines au mercure sont dues à la consommation de poisson contaminé», note le rapport.

Un impact sur le QI des petits Européens

Selon une étude européenne publiée le 7 janvier dernier, deux millions de bébés européens naissent chaque année avec un niveau de contamination au mercure déjà supérieur au seuil à partir duquel les effets toxiques se font sentir. Cela pourrait avoir des répercussions sur le développement des enfants et notamment sur leurs capacités intellectuelles.

Les gouvernements réunis à Genève vont essayer de s’entendre sur la mise en place d’un traité mondial contraignant pour diminuer les dommages causés par le mercure. «La toxicité et la dangerosité du mercure sont connues depuis des siècles, mais nous disposons aujourd’hui de technologies et de procédés alternatifs qui permettent de réduire les risques liés au mercure pour des dizaines de millions de personnes, parmi lesquelles des femmes enceintes et leurs bébés. L’aboutissement de ces négociations contribuerait à un avenir plus durable pour les générations futures », a déclaré Achim Steiner, directeur exécutif du PNUE.