Robert Calcagno: «La disparition des requins aurait des conséquences très graves»

INTERVIEW Le directeur général de l'Institut océanographique de Monaco veut redorer le blason des requins...

Propos recueillis par Audrey Chauvet, à Monaco

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Robert Calcagno, directeur de l'Institut océanographique de Monaco.
Robert Calcagno, directeur de l'Institut océanographique de Monaco. — SIPA

Les requins ont mauvaise réputation: mangeurs d’hommes, créatures sanguinaires… A tel point que l’effrayante musique des Dents de la mer vient en tête dès que leur nom est prononcé. Pourtant, ils sont un maillon primordial des écosystèmes marins et leur disparition pourrait avoir de graves répercussions pour toutes les autres espèces. C’est pour dépasser ce malentendu que l’Institut océanographique de Monaco dédie l’année 2013 aux requins, à travers une exposition prévue au printemps au Musée océanographique, un livre et une série de conférences à Paris, dont la première sera donnée par Robert Calcagno, directeur général de l’Institut, le 9 janvier.

Pourquoi avoir choisi les requins comme thème de l’année 2013?

L’idée est née en 2010 lorsque nous avons réuni pour la première fois la «Monaco blue initiative». Nous avions alors défini deux enjeux majeurs pour les océans: la protection des grands prédateurs marins et les grandes profondeurs. Nous commençons donc notre programme sur les super-prédateurs par le plus symbolique, le requin. 

Quel message voulez-vous porter?

Le message de l’exposition sera très simple: les requins ne sont pas si menaçants que ça pour l’homme, mais ils sont eux-mêmes menacés, leur population ayant facilement diminué de moitié au cours des dernières décennies. Pourtant, les requins sont utiles à l’équilibre des océans et leur disparition aurait des conséquences très graves, notamment par la prolifération de méduses et d’algues.

Comment avez-vous conçu cette exposition?

J’ai vu beaucoup d’expositions sur les requins mais la plupart m’ont déçu. Le public veut plus que des informations et des photos, nous avons donc décidé de jouer sur l’émotion et l’action. Non seulement le visiteur pourra voir des requins vivants de différentes espèces mais, pour la première fois, il pourra toucher des requins. Le but est de réconcilier les gens avec eux.

Parallèlement, vous êtes engagés dans des actions pour la protection des requins?

Nous allons nous impliquer dans la création d’une aire marine protégée dans l’archipel des Palaos, au large des Philippines. C’est un peu la Mecque des plongeurs, un endroit où la nature est magnifique et les responsables politiques, du fait du tourisme notamment, ont compris qu’ils avaient plutôt intérêt à protéger les océans qu’à donner des autorisations de pêche sans compter. Le président dit qu’un requin vivant vaut cent fois plus qu’un requin mort. Ils ont ainsi déclaré leur zone économique maritime comme un sanctuaire pour les requins. Nous allons travailler avec eux pour créer une aire marine protégée pilote, qui pourra être reproduite ailleurs.

La découpe des ailerons de requins est-elle une pratique en voie de disparition?

L’Europe a interdit le «finning» mais cela n’est valable que dans les eaux européennes. Beaucoup de pays l’autorisent encore. Il faut travailler pour l’interdiction et aussi sur les habitudes alimentaires, notamment en Chine, où la soupe d’ailerons devrait devenir moins à la mode. Quant à la pêche en Méditerranée, nous travaillons en faveur de quotas pour les requins comme pour le thon rouge. Il y a environ une centaine d’espèces de requins en Méditerranée et certaines ont presque disparu, comme le requin ange, qui a donné son nom à la baie des Anges.