Le saumon d'Ecosse quitte la mer pour la piscine

ELEVAGE Pour résoudre les problèmes de parasites et de maladies, les saumons écossais pourraient regagner la terre...

Audrey Chauvet

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Un saumon d'élevage en Ecosse.
Un saumon d'élevage en Ecosse. — CLOPET/SIPA

Fini les bords de mer. Pour les saumons d’Ecosse, il est temps de retourner à terre et de se mettre à la piscine. The Guardian rapporte l’idée d’une entreprise écossaise, nommée Fishfrom, qui a décidé d’implanter sa ferme d’élevage de saumons à terre, loin des rivages de l’Atlantique. Fishfrom prépare la construction d’un grand entrepôt sur la côte ouest de l’Ecosse où les saumons pourraient grandir sans avoir besoin de médicaments ni être affectés par les redoutables poux de mer.

Une empreinte environnementale «minimale»

Pour verdir un peu cette piscine à saumons contre nature, toutes les installations seront alimentées en énergie grâce à des panneaux solaires. L’alimentation des saumons sera produite sur place, grâce à un élevage de vers marins, et presque toute l’eau utilisée sera réinjectée dans les systèmes après nettoyage.  Les petits saumons seront suivis de près pour s’assurer de leur bonne santé et les adultes pourront circuler dans des bassins communicants, dans un courant artificiel.

Pour Andrew Robertson, directeur de Fishfrom, cette technique «est aujourd’hui au point pour donner un business model solide et être efficace énergétiquement. Mais plus important, cela donnera un produit fantastique en peu de temps, avec une empreinte environnementale minimale par rapport à l’aquaculture conventionnelle.» Néanmoins, le WWF a rappelé que ces usines, qui fonctionnent grâce à des pompes, filtres et équipements électroniques, sont très coûteuses à construire et à faire fonctionner. Leur consommation d’eau serait notamment un gros problème.

Bientôt un saumon sur dix?

Certains s’inquiètent également du bien-être des saumons: pour assurer la rentabilité économique de la ferme, la densité pourrait être portée à 50kg de poissons par mètre cube d’eau, contre une vingtaine en moyenne dans les fermes marines. Mais Andrew Robertson se défend de faire du saumon en batterie: «Le taux de mortalité des poissons est extrêmement faible selon toutes nos recherches, assure-t-il. Ils seront maintenus dans un environnement non stressant.»

Fishfrom estime qu’ils pourraient produire 800.000 saumons par an sur un seul site et fournir de gros distributeurs comme les supermarchés Carrefour et Auchan en France. Deux autres fermes sont déjà à l’étude et un modèle d’usine de saumon «en kit» pourrait être implanté partout dans le monde. Des entrepreneurs de Nouvelle Zélande, d’Amérique du nord et de Roumanie seraient déjà en pourparlers.  La technique a déjà été expérimentée dans plusieurs pays, mais Fishfrom assure qu’aucune ferme n’a jamais été réalisée à cette échelle. Et la firme écossaise voit grand: si toutes les fermes prévues ouvrent, elle pourrait fournir à elle seule un saumon sur dix au Royaume-Uni.