Raoni, un chef indien à portée des bambins

RENCONTRE Le cacique amazonien a rendu visite à des écoliers parisiens...

Audrey Chauvet

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Raoni dans une école du 19e arrondissement de Paris, le 6 décembre 2012.
Raoni dans une école du 19e arrondissement de Paris, le 6 décembre 2012. — V.Wartner / 20 Minutes

Ce n’est pas Saint Nicolas que les enfants ont accueilli en ce 6 décembre mais le chef indien Raoni, en visite à Paris pour plaider la cause de la forêt amazonienne. Les écoliers de Living school, une école privée du 19e arrondissement, ont passé une heure ce jeudi avec le cacique, et n’ont pas été impressionnés par la coiffe à plumes jaunes ni par le plateau labial du vieil indien.

Une chanson pour la forêt

«Ah, j’ai hâte de voir Raoni», piaffait d’impatience le petit Elmar, après une sieste forcée le temps que les Indiens finissent leur poulet. «Pour eux, il faut absolument manger du poulet à chaque repas, donc nous avons couru pour trouver un poulet rôti», explique Anne-Sophie de Oliveira, une des enseignantes. Une fois les problèmes de volaille réglés, le grand chef est venu s’asseoir face aux enfants, qui savaient très bien qui il était. «La semaine dernière, nous leur avons présenté les Kayapos et le problème du barrage de Belo Monte, précise Mauve Doyen, coordinatrice des activités extra-scolaires. Et, surtout, nous leur avons demandé ce qu’ils aimeraient faire pour les aider.»

Les enfants avaient même préparé une surprise pour accueillir Raoni: une chanson sur la forêt, les petits oiseaux joyeux, les écureuils curieux et les champignons frileux… «L’arbre, c’est la vie qui purifie notre air, qui tend ses bras feuillus vers un ciel plus clair, aimons-les, soignons-les», un refrain qui va droit au cœur des Kayapos qui se battent depuis plus de vingt ans pour protéger leur territoire au cœur de la forêt amazonienne. En tournée en France pour soutenir la campagne «Urgence Amazonie», le chef indien a parlé aux enfants de sa lutte contre le barrage de Belo Monte: «Si le gouvernement brésilien construit ce barrage, cela détruira la forêt dans les territoires autochtones, rappelle Raoni. Je me bats pour sauvegarder la forêt et qu’elle reste intacte pour mes petits-enfants et les petits-enfants de mes petits-enfants.»

Raoni, c’est le chef «parce qu’il est gentil»

Grâce à ses tours du monde successifs et le soutien du chanteur Sting, Raoni a déjà réussi à protéger une grande zone de forêt tropicale, d’une surface équivalente à un tiers de la France, des appétits des industriels. Mais les tâches rouges montrant les zones déforestées sur la carte de l’Amazonie font pousser un «han» de frayeur aux enfants. «Si vous nous aidez, nous pourrons délimiter une nouvelle zone qui bloquera l’accès à la rivière où nous péchons», poursuit le chef indien.

Une fois les sujets sérieux évoqués, les enfants ont encore des questions. «Pourquoi on vous a choisi pour être le chef?», demande une petite fille. «Parce qu’il est gentil…», lui souffle sa copine. «Je lutte pour que nous vivions tous en paix, que nous ayons du travail, de la nourriture et du respect mutuel, c’est pour ça que mon peuple m’a choisi pour le représenter», explique Raoni. «Et comment on fait pour vivre aussi longtemps?», s’interroge un autre. Le vieil homme de 82 ans répond simplement qu’il a utilisé «des médicaments traditionnels issus de la forêt pour s’endurcir et être en bonne santé».

Pour aider les Kayapos, les élèves de Living School participeront en 2013 à un programme de plantation d’arbres. Mais avant de se quitter, ils avaient déjà un cadeau à faire à Raoni: lorsque Tiber, neuf ans, s’est approché fièrement de l’Indien pour lui offrir les dessins faits par les enfants et que le grand chef l’a pris dans ses bras pour le remercier, ce sont les enfants qui ont demandé aux maîtresses pourquoi elles pleuraient.