Obsolescence programmée, obscène!

TECHNOLOGIE Sitôt achetés, bientôt jetés: la sortie de l'iPhone 5 est la goutte d'eau qui fait déborder le vase de l'obsolescence programmée, cette technique qui consiste à mettre sur le marché un objet dont la durée de vie a été volontairement limitée par le fabricant...

Yves Leers
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Un homme tient une carte de crédit et consulte son ordinateur portable
Un homme tient une carte de crédit et consulte son ordinateur portable — PURESTOCK/SIPA


L’affaire prend une telle ampleur que le ministre délégué à la Consommation, Benoît Hamon, s’est engagé à «lutter contre l’obsolescence programmée» et à chercher un modèle économique du numérique. «Acheter un appareil qui est destiné à être totalement démodé un an plus tard pose d’autant plus question lorsque le constructeur a lui-même organisé cette obsolescence», a-t-il affirmé à 60 millions de consommateurs.

Selon l’Ademe, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, ces smartphones ont une espérance de vie de 10 ans alors qu’on en change tous les deux ans voire moins. Elle propose de dissocier la vente des téléphones mobiles de l’abonnement proprement dit, d’allonger la durée de garantie et d’obliger les fabricants à mettre sur le marché des produits réparables, tout en fournissant les pièces détachées pendant dix ans après l’achat.

Pour les Amis de la Terre, il faut que la garantie de deux ans passe à dix ans pour contrer ce «scandale écologique». Sylvain Angerand, chargé de campagne Ressources naturelles de l’ONG, dévoile la face cachée de l’obsolescence programmée: «Le renouvellement incessant des appareils de haute technologie contribue à l’explosion de la consommation des ressources naturelles minières et énergétiques. Cette surexploitation détruit des écosystèmes, déplace des populations, provoque des pollutions chimiques et engendre des conflits.» Rien qu’en France, depuis le début de 2012, plus de 13 millions de smartphones et 3,4 millions de tablettes numériques ont été écoulés.

PLUS CHERS À FAIRE RÉPARER QU’À REMPLACER

Mais alors, pourquoi ne pas réparer, revendre ou donner? Parce que certains constructeurs conçoivent des appareils qui ne sont pas réparables ou qui coûtent plus cher à faire réparer qu’à remplacer. Autre raison: les compétences ont disparu et les fabricants laissent le SAV aux distributeurs. Pour donner une seconde vie à nos produits, il faut donc relancer une activité de réparation rentable source d’emplois.

C’est dans cette optique que les Amis de la Terre mettent à disposition des Internautes un répertoire d’adresses pour emprunter, réparer, donner, prêter, vendre ou acheter d’occasion sur www.produitspourlavie.org. Certains créent des plates-formes d’échange de conseils sur la réparation ou le reconditionnement. D’autres cherchent à élaborer des modèles qui durent longtemps. Des sites Internet permettent de remettre sur le marché des téléphones qui ont encore de longues années devant eux.

Les écolabels pourraient aussi être précieux pour guider les consommateurs, mais un seul, Blue Angel, ne certifie un appareil que si les pièces de rechange sont disponibles pendant au moins cinq ans après l’arrêt de sa production. Une fois de plus, c’est à l’éco consommateur de faire ses choix et de montrer qu’il ne veut pas se faire tondre tous les ans.

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