Pascal Canfin: «Sur le climat, on n'a vraiment pas le droit d'être pessimiste»

INTERVIEW Le ministre délégué au Développement se rend à la conférence des Nations unies sur le climat à Doha avec la volonté de faire avancer les négociations...

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Pascal Canfin, Ministre délégué auprès du ministre des Affaires  étrangères, chargé du Developpement, dans son bureau à Paris, le 3  décembre 2012.
Pascal Canfin, Ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, chargé du Developpement, dans son bureau à Paris, le 3 décembre 2012. — V. WARTNER / 20 MINUTES

On n’attend plus grand-chose de Doha mais la France espère beaucoup de 2015. Alors que le sommet des Nations unies sur le climat risque de finir ce samedi sur un accord en demi-teinte, Pascal Canfin se rend au Qatar avec en tête la prochaine étape clé des accords climatiques: le sommet de 2015, que François Hollande a proposé d’organiser à Paris. A la veille de son départ à Doha, le ministre délégué au Développement pense que l’on ne peut plus se permettre d’être défaitiste sur les questions climatiques.

Vous arrivez à Doha pour la fin des négociations, qu’espérez-vous de l’issue de ce sommet?

Nous en espérons le compromis minimum qui permettra de construire la feuille de route pour les trois prochaines années, jusqu’à l’accord clé pour le climat qui aura lieu en 2015. Sur le climat, on n’a vraiment pas le droit d’être pessimiste. Face à l’urgence, relevée notamment par le rapport de la Banque mondiale qui parle de cataclysme, il faut être mobilisé et optimiste même si les négociations sont difficiles.

De quel pessimisme faut-il se débarrasser?

Le climat d’ensemble de la négociation verse plutôt dans le pessimisme. Il faut reconstruire un optimisme basé à la fois sur des éléments factuels, comme le prochain rapport du Giec qui rappellera que ce sont les pires hypothèses des scientifiques qui sont en train de se réaliser, et sur la grande transition qui nous permettra de trouver des solutions au changement climatique. Cet imaginaire positif n’est pas lié à la punition ou à la sanction, c’est un imaginaire du mieux basé sur de nombreuses études économiques qui montrent que faire cette transition, lutter contre le changement climatique, créera des d’emplois. Cela améliorera notre qualité de vie, donc n’ayons pas peur de cette grande mutation, abordons la positivement et trouvons les compromis nécessaires pour être sûrs de mettre tout le monde à bord, les Américains, les Chinois, l’ensemble des pays émergents et les pays les plus pauvres.

Ces pays émergents on souvent été montrés du doigt dans les négociations sur le climat. Ce ne sont donc plus eux qui bloquent le processus aujourd’hui?

Il y a des positions différentes entre ces pays, mais globalement, par rapport à Copenhague en 2009, ils se sentent aujourd’hui plus vulnérables, plus concernés par le changement climatique. La nécessité d’agir, l’urgence et la vulnérabilité face aux chocs climatiques ont émergé de manière spectaculaire dans l’opinion publique de ces pays et je crois que les décideurs politiques qui avaient jusqu’à présent le pied sur le frein l’ont levé.  Ils voient aussi qu’il y a des opportunités de développement économique. Il faut passer de l’idée d’un partage du fardeau à un partage des opportunités et travailler là-dessus avec les émergents. Ce qui aujourd’hui est la ligne rouge des émergents, c’est la revendication européenne d’un accord international contraignant. Aujourd’hui, ni la Chine, ni le Brésil, ni les Etats-Unis d’ailleurs, ne sont prêts à l’accepter.

En termes de partage du fardeau, où en est-on des projets d’abondement du Fonds vert?

La France et les Européens ont respecté, malgré la crise, les engagements pris à Copenhague malgré la crise. L’engagement financier que nous prendrons pour l’après Doha ne peut être décidé que si d’autres, les Américains par exemple, prennent des engagements similaires. Aujourd’hui nous ne voulons pas aller au-delà publiquement, donner des chiffres, tant que les autres ne l’ont pas fait. Mais sur le principe je veillerai en tant que ministre du Développement, et sachant que l’Agence française de développement est un des principaux opérateurs de financement, à ce que les engagements soient respectés. Nous avons aussi décidé d’affecter une partie des revenus de la taxe française sur les transactions financières au développement, dont la moitié sera affectée au Fonds vert pour le climat. Par ailleurs, il  y a aussi les discussions sur la taxe européenne sur les transactions financières, dont le Président de la République souhaite qu’une partie significative soit affectée aux enjeux globaux, parmi lesquels il y a bien évidemment les financements pour le climat.

Quel rôle peut jouer la France à Doha? Peut-elle avoir une parole distincte de celle de l’Europe?

Le rôle de la France est de préparer cette grande conférence en 2015 que le Président de la République a proposé d’accueillir. Dans les négociations qui s’ouvrent, à court terme, la France n’a pas de rôle spécifique au-delà d’être un des acteurs de la discussion européenne, mais en tant que future président de la conférence en 2015 nous allons, avec Delphine Batho et Laurent Fabius, rencontrer énormément d’acteurs de la société civile, d’autres Etats et l’ensemble des négociateurs pour commencer à peser sur le processus de négociations des trois prochaines années. La France a une puissance diplomatique que nous devons, dès aujourd’hui, mettre au service de ces négociations sur le climat.