Les enjeux de la transition énergétique en France

ENERGIE Ce jeudi commence le débat sur la transition énergétique. Quels sont les grands enjeux pour la France?...

A.Ch. avec Reuters

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Un panneau stop devant une centrale nucléaire allemande.
Un panneau stop devant une centrale nucléaire allemande. — Michael Probst/AP/SIPA

Il y aura certainement de l’électricité dans l’air. Le débat sur la transition énergétique en France s'ouvre ce jeudi dans un climat tendu, les ONG critiquant les premières décisions du gouvernement tandis que les industriels craignent l'impact de cette transition sur leur compétitivité. François Hollande s'est engagé à bouleverser la politique énergétique de la France en allégeant le poids du nucléaire grâce aux énergies renouvelables et en réduisant la consommation, notamment dans les bâtiments. Mais au-delà de la question électrique, qui ne représente qu'une partie de la consommation totale d'énergie, les enjeux de cette transition énergétique sont multiples.

Réduire la part du nucléaire

Le débat sur l'énergie devra déterminer comment appliquer la promesse de François Hollande de réduire de 75 à 50% d'ici 2025 le poids du nucléaire dans la production d'électricité. Le président français a promis de fermer d'ici fin 2016 Fessenheim, la plus vieille centrale française, qui emploie 700 salariés d'EDF. Le gouvernement s'est engagé à faire du démantèlement une filière d'excellence, créatrice d'emplois, mais 10% des effectifs seront conservés, disent les experts.

Les efforts pour réduire la part du nucléaire se heurteront aux arguments de ses défenseurs, qui mettent en avant son prix moins élevé que celui les énergies renouvelables et son impact positif sur la compétitivité des entreprises. Le PDG d'EDF, Henri Proglio, a ainsi affirmé récemment qu’aucune fermeture supplémentaire à celle de Fessenheim ne serait nécessaire pour atteindre la part de 50% si la consommation d'électricité continue de croître. Une manière de préserver l’industrie nucléaire tout en atteignant les objectifs chiffrés du gouvernement.

Réduire la dépendance au pétrole et au gaz

Les hydrocarbures représentent actuellement plus de 67% de la consommation d'énergie, contre 24% environ pour l'électricité, provenant pour l'essentiel des 58 réacteurs nucléaires. Pour le pétrole et le gaz, la France est entièrement dépendante des importations, dont la facture a atteint un coût record en 2011 à plus de 61 milliards d'euros et représente la quasi totalité du déficit de la balance commerciale.

La France pourrait posséder environ 90 années de sa consommation actuelle de gaz sous forme de gaz de schiste mais la seule technique d'exploitation disponible, la fracturation hydraulique, comporte des risques élevés pour l'environnement et est interdite. Le débat sur les gaz de schiste est toutefois loin d’être enterré et il pourrait être un moyen de doper la compétitivité du pays, comme le préconisait le rapport Gallois.

Développer les énergies renouvelables

Les énergies renouvelables ne représentent que 11% environ de la production d'électricité en France, dont 3% pour l'éolien et le photovoltaïque, contre 25% en Allemagne. Lors de la conférence environnementale de septembre, le gouvernement s'est engagé à soutenir les filières vertes, qui pourraient représenter jusqu'à 225.000 emplois, mais leur développement reste à l'heure actuelle fortement freinée par l'instabilité tarifaire qui touche le secteur.

Les énergies renouvelables représentent un coût important pour l'Etat, qui les subventionne massivement. Ce coût pèse aussi sur les consommateurs, via une contribution intégrée dans la facture d'électricité qui devrait bondir de près de 20% en 2013. De plus, l'essor des énergies vertes est freiné par la centralisation française, estiment les collectivités locales, qui réclament une décentralisation des compétences énergétiques pour reproduire le succès allemand.

Réduire la consommation d’énergie

Afin de réduire la consommation, le gouvernement s'est engagé à lancer début 2013 un vaste plan de rénovation thermique des logements. Le parc immobilier français est vieillissant et la moitié des logements sont très mal isolés, certains étant qualifiés de «passoires thermiques». Dans cette logique d'efficacité énergétique, Paris souhaite développer des technologies innovantes comme les «réseaux intelligents» ou encore le stockage de l'électricité, rendu indispensable par le caractère intermittent des renouvelables. Sans cette technologie, qui devrait être maîtrisée dans une quinzaine d'année, la France sera contrainte de s'appuyer sur les centrales à charbon ou à gaz pour assurer la production électrique lors des pics de consommation.

Fiscalité verte et lutte contre la précarité énergétique

Les associations réclament la mise en place d'une fiscalité écologique qui mette fin notamment aux «niches fiscales polluantes», notamment favorables au diesel. Promises pour 2016 dans le cadre du pacte pour la compétitivité, ces mesures pourraient s'appliquer plus tôt, a récemment dit le ministre de l'Economie Pierre Moscovici .

La loi sur la tarification progressive de l'énergie, instaurant un bonus-malus sur la consommation et comprenant des mesures d'urgence pour lutter contre la précarité énergétique, a été rejetée par le Sénat. La précarité énergétique touche environ quatre millions de foyers en France.