Sommet sur le climat à Doha: Pourquoi on n'en attend rien

ENVIRONNEMENT Le sommet annuel des Nations unies sur le climat s'ouvre sans espoirs...

Audrey Chauvet

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Ouverture du sommet sur le climat des Nations unies, le 26 novembre 2012 à Doha, au Qatar.
Ouverture du sommet sur le climat des Nations unies, le 26 novembre 2012 à Doha, au Qatar. — Osama Faisal/AP/SIPA

Encore un sommet pour rien? Ce lundi s’ouvre à Doha, au Qatar, la 18ème Conférence des parties de la convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Un titre ronflant pour deux semaines de débats dont on n’espère plus grand-chose. Il semble probable qu’aucun accord ne sera conclu sur une prolongation du protocole de Kyoto et que l'élaboration d'un nouveau traité sur une réduction des émissions de gaz à effet de serre ne devrait guère progresser.

Pourquoi Doha ne provoque ni la mobilisation des responsables politiques ni celle de l'opinion publique? Pour Emmanuel Guérin, directeur du programme Energie et climat à l’Institut pour le développement durable et les relations internationales (Iddri), il y a «un décalage frappant entre l’urgence d’agir, rappelée par certains événements dramatiques cette année, et les négociations internationales qui ont une dynamique et une autonomie propre. On peut le déplorer car il faudrait pouvoir faire preuve de plus de volontarisme politique même dans une conjoncture adverse».

«L’énergie à mettre dans le changement s’est évaporée»

La «conjoncture», comprendre la crise économique, serait donc en partie responsable du manque de mobilisation autour des questions climatiques. «Le fait que la crise touche particulièrement l’Europe freine les négociations, car traditionnellement c’est elle qui en est le moteur politique», estime Emmanuel Guérin. «De plus, réduire les émissions de gaz à effet de serre suppose des changements profonds de mode de production et de consommation, ce qui n’est pas neutre pour les différents groupes de pression et d’intérêt, poursuit l’expert. Tant que cette croissance faible est subie et non consentie, elle produit plus de crispations que de changements structurels. L’énergie à mettre dans le changement s’est évaporée.»

L’urgence devra attendre 2015

Le sommet de Doha, victime de la crise et d’un sauve-qui-peut des économies occidentales qui la subissent, n’avait de toute façon pas le premier rôle dans la série des négociations climatiques. Laurence Tubiana, directrice de l’Iddri, rappelle que «ces négociations ont connu, ces trois dernières années, trois moments forts consécutifs: à Copenhague en 2009, l’accord obtenu à l’arrachée et dans la douleur, avait permis d’obtenir pour la première fois des engagements chiffrés de réduction d’émissions en 2020 de la part des Etats-Unis et des grands pays émergents; à Cancun en 2010, peu de progrès substantiels avait été faits, mais le processus multilatéral onusien, malmené à Copenhague, avait été remis sur les rails; à Durban l’an dernier, le Fonds Vert pour le Climat avait officiellement vu le jour, et un processus, devant se conclure en 2015, par un accord juridiquement contraignant pour tous après 2020 était lancé.» «Tous les yeux sont déjà tournées vers l’échéance de 2015, qui sera le grand moment de ces négociations», pense Emmanuel Guérin. L’urgence climatique va devoir attendre.