L'UE durcit sa réglementation pour protéger les requins

© 2012 AFP

— 

L'Union européenne a durci jeudi sa réglementation en faveur de la protection des requins, dont plusieurs espèces sont surpêchées, en vue de mettre fin pour de bon à la découpe d'ailerons à bord encore pratiquée via des dérogations.
L'Union européenne a durci jeudi sa réglementation en faveur de la protection des requins, dont plusieurs espèces sont surpêchées, en vue de mettre fin pour de bon à la découpe d'ailerons à bord encore pratiquée via des dérogations. — Jay Directo afp.com

L'Union européenne a durci jeudi sa réglementation en faveur de la protection des requins, dont plusieurs espèces sont surpêchées, en vue de mettre fin pour de bon à la découpe d'ailerons à bord encore pratiquée via des dérogations.

La commissaire européenne chargée de la pêche, Maria Damanaki, avait appelé mercredi les députés à mettre fin aux dérogations. "Nous devons éradiquer ces pratiques horribles et mieux protéger les requins", avait-elle plaidé.

Théoriquement, depuis 2003, les pêcheurs européens n'avaient plus le droit de couper en mer les ailerons de requins, très prisés dans certains pays asiatiques, comme la Chine et Hong-Kong, et dont l'Europe est l'un des principaux fournisseurs.

Cette interdiction de découpe en mer visait à lutter contre le 'finning' qui consiste à rejeter en mer les poissons estropiés et vivants après leur avoir arraché leurs ailerons.

Depuis plusieurs années, les ONG dénonçaient cette pratique, source de mutilation pour les animaux et de gâchis.

Mais des dérogations pour des découpes à bord étaient encore accordées, essentiellement par l'Espagne et le Portugal, à la condition que les pêcheurs conservent les carcasses.

Sauf que la possibilité de débarquer les ailerons à un endroit et les carcasses à un autre rendait la vérification difficile et laissait la porte ouverte à de nombreuses fraudes.

Avec le texte adopté jeudi à une très large majorité par le Parlement européen, les requins devront être débarqués avec leurs nageoires "naturellement attachées au corps".

Un prédateur indispensable

Pour les associations de défense de l'environnement, ce vote est l'aboutissement d'un combat de plusieurs années.

Pour Humane society international (HSI), il "va non seulement lutter de manière plus efficace contre le 'finning' par les bateaux européens, mais va aussi être une contribution majeure aux efforts globaux pour éradiquer cette pratique dans les organisations de pêche comme la Cicta (thonidés de l'Atlantique) ou la CTOI (thonidés de l'Océan indien)", s'est réjoui HSI.

Pour Shark Alliance, "le vote du Parlement constitue une avancée majeure dans le cadre d'un effort mondial visant à faire cesser le gaspillage que représente le 'finning' des requins".

Cette ONG souligne que des pays d'Amérique centrale, les Etats-Unis ou Taïwan appliquent déjà une politique "des nageoires attachées".

Shark Alliance, qui regroupe 130 organisations, a déjà indiqué vouloir "obtenir des limites de captures nationales et internationales dans le but de traiter le problème de la surexploitation des requins".

Les navires de l'UE débarquent tous les ans quelque 100.000 tonnes de requins et de raies pêchés dans le monde entier.

Certaines espèces de requins, comme le requin-taupe bleu, le requin-taupe commun ou le requin à peau bleue, sont considérées en danger mais sont néanmoins pêchées.

Pour Robert Calcagno, directeur de l'Institut océanographique de Monaco, les requins, "ces super-prédateurs sont un maillon vital, la clé de voûte, de la chaîne alimentaire des océans et s'ils venaient à disparaître ou à se raréfier, tout l'écosystème s'en trouverait perturbé, jusqu'à menacer l'existence même de nombreuses autres espèces".

"Bien loin de bénéficier de l'élimination d'un concurrent, l'industrie de la pêche pâtirait donc de cette disparition", explique à l'AFP M. Calcagno. La prolifération des proies habituelles des requins pourrait entraîner une surmortalité d'espèces plus en aval de la chaîne alimentaire.

"L'avenir de l'humanité dépend de la bonne santé de nos océans et celle-ci est étroitement liée à la survie des requins", avertit le responsable monégasque.