Chengdu, la vitrine verte de la croissance économique chinoise

REPORTAGE La capitale du Sichuan, dans l'ouest de la Chine, est en plein boom économique mais s'affiche comme une ville «verte»...

à Chengdu, Audrey Chauvet

— 

Vue du centre de Chengdu, en Chine, le 16 novembre 2012.
Vue du centre de Chengdu, en Chine, le 16 novembre 2012. — A.Chauvet / 20 Minutes

De notre envoyée spéciale à Chengdu

Pour un Européen, arriver à Chengdu, ville réputée en Chine pour sa cuisine et ses pandas, est un choc. Dès la sortie de l’aéroport, l’odeur de pollution attaque les narines et le trajet jusqu’au centre de la ville n’est qu’une succession d’immenses buildings encerclés par des routes à quatre voies. On est loin de l’idée d’une ville «de province»: Chengdu, c’est 12.100km2, soit autant que toute la région Ile-de-France, 14 millions d’habitants et un PIB de 685 milliards de yuans en 2011 (environ 86 milliards d’euros, soit un peu plus que le PIB du Maroc).

Si la ville a connu depuis quelques années un essor économique fulgurant, c’est en grande partie grâce au plan «Go West» adopté par le gouvernement chinois: alors que la côte Est de la Chine est désormais saturée en population et en constructions, et assure plus des deux tiers des revenus du pays, l’Ouest reste une province à industrialiser. Mais aussi une région riche en montagnes et en espaces naturels préservés, comme les réserves dans lesquelles vivent les derniers pandas en liberté.

Une ceinture verte pour une ville obèse

A Chengdu, les pandas ne manquent pas: sur les paquets de cigarette, les affiches publicitaires, les biscuits, et ils débordent des magasins de souvenirs. Mais les gratte-ciels en construction et les usines immenses qui longent les routes peuvent faire craindre que le panda ne devienne plus qu’une mascotte lorsque le béton aura remplacé la forêt. «Chengdu veut se prévaloir d’être une ville verte», rassure Zhang Shi Jin, directeur du City planning center. Dans ce grand bâtiment, la ville est présentée sous son meilleur jour: à grands renforts de films en 3D et de maquettes de la taille d’un court de tennis, on y présente les plans pour bâtir une ville «eco-friendly».

«D’ici à trois ans, une ceinture verte entourera la ville, explique Zhang Shi Jin. Cela permettra de contenir le développement urbain et sera un lieu de promenade. Il y a déjà 133km2 d’espaces verts dans la ville et nous allons construire environ huit lacs où les gens pourront faire du bateau.» De gentilles intentions qui auront sûrement du mal à faire contrepoids au trafic croissant des voitures, qui se traduit par des embouteillages monstres à toute heure de la journée. «Dans un an, nous aurons rénové le système de transports publics et nous avons déjà des lignes de bus gratuites», poursuit Zhang Shi Jin.

Le développement durable à la chinoise

Il n’empêche, le développement économique reste une priorité. Chengdu connaît un taux de croissance à deux chiffres grâce aux nombreuses industries qui s’installent dans la région: automobile, chimie, high-tech et informatique se pressent aux portes du Sichuan. Alors que l’aéroport de Chengdu est déjà le quatrième du pays en termes de trafic, un projet de second aéroport est à l’étude. Mais à en croire une résolution adoptée lors du Congrès du Parti communiste le 14 novembre dernier, le «progrès écologique» ne sera pas oublié.

Dans le Global Times du 13 novembre, le directeur de «l’académie d’éco-civilisation» de Pékin citait Martin Jacques, spécialiste britannique de la Chine: «Le Royaume-Uni a appris au monde comment produire au 19e siècle, les Etats-Unis ont montré comment consommer au 20e siècle, la Chine doit être l’exemple du développement durable au 21e.» S’il s’agit d’être leader mondial des technologies «vertes», la Chine est bien partie. Mais s’il s’agit de réfréner les ardeurs économiques pour laisser une chance aux glaciers de l’Himalaya, aux rivières et aux pandas, ce sera plus difficile. A Chengdu, les autorités ont toutefois bien compris qu’il y avait là un créneau à prendre et l’image de ville du panda est la vitrine verte idéale. «Revenez en juin prochain, vous verrez déjà une ville différente et belle», promet Zhang Shi Jin. On espère surtout voir encore un peu de nature autour de cette mégalopole qui semble ne pas avoir de fin.