Kamera Vesic: «Les consommateurs sont friands de trucs et astuces anti-gaspillage»

INTERVIEW Kamera Vesic est présidente de l'association PikPik. Elle nous explique que les éco-gestes du quotidien ne sont pas si contraignants...

Propos recueillis par R.G.

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L’association de Kamera Vesic prépare une deuxième opération foyers témoins. Elle aura pour thème les couches lavables.
L’association de Kamera Vesic prépare une deuxième opération foyers témoins. Elle aura pour thème les couches lavables. — R. GOULOUMES / 20 MINUTES

Association d’éducation à l’environnement urbain et à l’écocitoyenneté, PikPik a mené en 2012 une étude sur le gaspillage alimentaire dans une douzaine de foyers témoins. Sa présidente, Kamera Vesic, présente les conclusions de l’expérience, ainsi que les écogestes qui en ont émergé. 

A partir de quelle idée de départ cette étude a-t-elle été lancée?

Ce projet a été initié par France nature environnement, qui nous en a confié l’organisation. Douze foyers témoins, situés dans les Hauts-de-Seine et à Paris, ont été suivis plusieurs mois et ont fait peser leurs poubelles régulièrement. Ce qu’il faut noter, c’est que quand vous leur posez la question du gaspillage au début de l’opération, d’office les gens vous répondent «moi, je ne fais pas de gâchis». Les premières mesures ont montré que l’on était très loin du compte. Après cette phase là, des réunions ont été organisées régulièrement pour analyser les écogestes de chacun et en faire émerger de nouveaux. La concertation a permis aussi bien aux participants de se motiver les uns les autres que d’optimiser ensemble le poids de leur poubelle.

Qu’avez-vous observé comme gaspillages récurrents chez vos foyers témoins? 

On s’est rendu compte de la quantité cuisinée. On a tendance à cuisiner large par prudence, pour ne pas avoir à cuisiner le lendemain. Une fois sur deux, ces plats finissent oubliés au fond du frigo puis à la poubelle. On a eu aussi des discussions sur les dates limites de consommation. Certains s’y tiennent au jour près alors qu’on peut très bien les dépasser de plusieurs jours, ou semaines selon les produits, sans faire courir de risque à sa santé ou à ses proches. Par ailleurs, il est souvent conseillé aux gens d’acheter de grands conditionnements. Les faits ont prouvé que ce n’était pas toujours la meilleure solution pour réduire sa production de déchets. On recommande plutôt d’acheter le conditionnement adapté à sa consommation. Des petites cannettes individuelles conviendront davantage à de consommateurs occasionnels qu’une grande bouteille de deux litres. Il faut toujours adapter les grandes règles à son cas personnel. Ce type de comportement n’est pas tant écoresponsable que «pingre», au bout du compte.

Quelles conclusions en tirez-vous?

L’écogeste n’est pas toujours là où on l’attend. En fait, plus que de grands principes, les participants étaient très demandeurs de trucs et astuces. Les consommateurs sont au fait des grandes valeurs, chacun sait qu’il ne faut pas gaspiller. Nous avons en revanche constaté un manque d’informations pratiques. Exemple avec le pain: on s’est rendu compte que le pain n’était pas bon quand on le gardait dans un sac plastique et que, lorsqu’on le congelait, la cuisson était soit trop longue soit insatisfaisante. L’astuce qu’on leur a donné c’est de couper le pain en tranches pendant qu’il est frais et de le mettre à congeler. Le consommateur prend uniquement ce dont il a besoin, une minute au grille pain et c’est prêt. Ajoutés les uns aux autres, ces réflexes finissent par peser et se traduisent, sur la balance, par une baisse significative.

Vos «cobayes» étaient motivés par le cadre de l’opération et des pesées régulières. Une fois qu’ils en sortent, qu’en sera-t-il?

Ce que les foyers témoins ont appris, ils ne l’oublieront pas. Toutes ces petites astuces, comme tremper trente secondes une salade dans l’eau pour lui faire retrouver son croquant, une fois qu’on les a apprises et appliquées au moins une fois, ça vous reste. Les gens adhèrent à ce genre d’eco-gestes pour deux raisons: d’une part, ils y gagnent en qualité et en monnaie. D’autre part parce que ça ne leur demande pas de gros efforts. Mais ces gestes, dont on parle finalement assez peu dans les médias, sont autant de petites luttes menées au quotidien en faveur de l’environnement.