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INTERVIEWEric Laurent: «Les rayons Made in France, ça ne marchera pas»

Eric Laurent: «Les rayons Made in France, ça ne marchera pas»

INTERVIEWL'écrivain et journaliste Eric Laurent, qui présentait dimanche à Calvi son enquête sur les délocalisations, ne croit pas au projet d'Arnaud Montebourg
L'écrivain et journaliste Eric Laurent à Calvi le 27 octobre.
L'écrivain et journaliste Eric Laurent à Calvi le 27 octobre. - DR
Propos recueillis par L.B.

Propos recueillis par L.B.

Son livre Le Scandale des délocalisations est sorti il y a plus d'un an, mais il continue à faire parler de lui. Dimanche soir, c'est dans une salle pleine à craquer que le journaliste Eric Laurent répondait aux questions des participants du Festival du vent, à Calvi.

Le ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, multiplie les déclarations contre les délocalisations. Peut-il mettre un frein à la désindustrialisation de la France?

La stratégie de ligne Maginot de Montebourg ne fonctionnera pas. Pas plus que son idée de rayon "Made in France". Aux Etats-Unis, un journaliste a tenté une expérience : n'acheter que des produits Made In USA (ici, l'expérience quasi-similaire d'une mère américaine). Ce qu'il a découvert, c'est un parcours d'obstacles insurmontables. Au bout de trois mois, il a jeté l'éponge. Il faut être honnête. Avec la mondialisation, il n'y a plus de produit dont tous les composants viennent d'un même pays. Sur ce sujet, Montebourg fait de la démagogie.

Dans votre livre, vous présentez les délocalisations comme inexorables. N'y a-t-il aucun moyen d'enrayer le processus?

Je pense que les emplois détruits par les délocalisations ne reviendront jamais en France. Mais je pense qu'on peut tenter de taxer les entreprises qui se lancent sur cette voie. Je suis très surpris qu'aucun gouvernement n'ait eu envie d'entreprendre ce genre de démarche. Une entreprise qui quitte le territoire français détruit des richesses. On pourrait lui imposer une taxe, calculée sur le coût généré par cette destruction. Ce serait peut-être un moyen de compenser ce phénomène, voire de dissuader quelques sociétés de partir.

Depuis la sortie de votre livre, plus d'un an s'est écoulé. Les choses ont-elles changé?

Non, le phénomène que je décris est plus présent que jamais. Si ce livre touche les gens, c'est parce que, malheureusement, chacun peut se sentir menacé. Les délocalisations ne frappent pas que les plus faibles, les moins diplômés. Aujourd'hui un jeune avec un bon diplôme en poche, dans l'informatique par exemple, n'est pas moins menacé que les autres. Au contraire, il l'est peut-être même plus.

>> Retrouvez le dossier spécial Festival du vent par ici

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