Jean-Christophe Angelini: «On ne peut pas cultiver la caricature de Corses génétiquement violents»

INTERVIEW Le jeune élu autonomiste incarne une nouvelle génération de politiques Corses...

Propos recueillis par Audrey Chauvet, à Calvi
— 
Jean-Christophe Angelini, élu du Parti de la nation corse (PNC), le 28 octobre 2012 à Calvi.
Jean-Christophe Angelini, élu du Parti de la nation corse (PNC), le 28 octobre 2012 à Calvi. — A.Chauvet / 20 Minutes

Il a 36 ans, des yeux aussi bleus que la mer Méditerranée, et revendique fièrement son appartenance au Parti de la nation corse (PNC). Jean-Christophe Angelini est président du groupe autonomiste à l’assemblée de Corse depuis 2004 et conseiller général de Porto-Vecchio (Corse du Sud) depuis l’an dernier. Il explique à 20Minutes ce qu’est être autonomiste en 2012.

C’est quoi être un jeune élu autonomiste en 2012?

C’est vouloir une Corse responsable, capable de maîtriser ses choix essentiels, qui ne soit pas dans la dépendance ou la revendication permanente mais au contraire dans la construction lente et patiente d’un projet politique, économique, culturel et social. C’est une attitude qui consiste moins à demander à l’Etat ou à l’Europe ce qu’ils peuvent faire pour nous que de savoir ce que nous-mêmes pouvons générer. Enfin, c’est une attitude qui ne revendique pas, qui ne tend pas vers la demande d’indépendance et qui tourne le dos de façon résolue et définitive à tout usage de la violence. En, deux mots, c’est une attitude de construction, de partage et de paix.

Quel projet de développement portez-vous pour la Corse?

Nous pensons que la Corse, depuis trente ou quarante ans, a connu un seul modèle de développement, qui a tourné peu ou prou autour de l’activité touristique. Ce que nous voulons, c’est précisément diversifier les voies du développement. Nous pensons que des secteurs dits traditionnels, comme l’agriculture, l’industrie à un niveau adapté à la Corse, l’artisanat, sont autant de pistes qui demeurent cohérentes et pertinentes, notamment en période de crise. En même temps, nous pensons que des secteurs dits innovants comme les nouvelles technologies de l’information, la croissance verte, le développement massif de la maîtrise de l’énergie et des énergies renouvelables, l’économie de la connaissance, les transferts de technologie, la recherche appliquée, sont de gros enjeux économiques sur lesquels il faut travailler d’arrache pied. En somme, c’est une vision plurielle, qui veut concilier des aspects traditionnels avec des aspects plus modernes, et une vision ouverte car nous pensons que la Corse a intérêt à s’ouvrir sur le monde, plus particulièrement sur le bassin méditerranéen et sur l’Europe, et qu’elle a besoin pour ça d’attributs politiques.

Quelle est la différence entre un autonomiste et un indépendantiste?

Un autonomiste pense que la Corse a vocation, dans un certain nombre de domaine à l’exception des domaines régaliens, à gérer ses propres compétences et déterminer les lignes de son propre avenir. L’autonomie, c’est le droit commun de la plupart des îles de Méditerranée. Deuxièmement, c’est ne pas demander à l’Etat, à l’Europe ou à qui que ce soit qu’ils interviennent d’avantage au plan financier ou politique, c’est qu’ils interviennent différemment. C’est en cela que nous ne sommes pas partisans de l’indépendance, car nous pensons qu’elle n’est pas une solution réaliste et qu’elle n’est pas viable au sens où elle pourrait reposer sur une idée d’exclusion. Nous voulons simplement redéfinir le pacte qui lie la Corse à l’Etat comme à l’Europe.

Quel est votre point de vue sur la violence qui a marqué l’actualité corse récemment?

Nous sommes partisans d’une condamnation claire de la violence qui a endeuillé la Corse mais au-delà, il faut poser les bases d’une autre approche qui repose pour nous sur la libération et la création d’espaces de paroles et sur la possibilité pour les Corses d’être des citoyens à part entière, acteurs de leur propre développement et pas uniquement témoins passifs de leur tragédie. Ca passe ensuite par des décisions politique claires, qui ne s’attaquent pas qu’à l’écume ou aux conséquences mais aux causes profondes de la violence: le non-développement, la précarité, le développement d’une violence de type mafieux qui aujourd’hui appelle des réponses de grande ampleur, la formation professionnelle inadaptée… Il faut aussi interpeller publiquement tous ceux qui ont une responsabilité dans cette situation et notamment l’Etat qui depuis trente ou quarante ans s’est révélé à peu près incapable de résoudre efficacement le problème. Il faut maintenant travailler de concert sur les conséquences certes mais aussi sur les causes, et je crois qu’on en a les moyens si on arrive à s’extraire d’une analyse un peu mortifère, un peu tragique par principe. La Corse recèle de potentialités, il faut les mettre en perspective, et c’est le rôle d’un politique, notamment d’un jeune élu qui a envie que ce pays sorte de la situation dans laquelle il est.

Les nationalistes ont souvent été montrés du doigt à chaque fois qu’il y a eu des violences. Vous pensez qu’on prend conscience aujourd’hui que le problème est plus vaste que ça?

Il y a une vingtaine d’années, le nationalisme pesait bon an mal an 10-15% de l’électorat. Aujourd’hui, un Corse sur trois vote nationaliste, puisqu’aux dernières élections nous avons réalisé 36% des voix. Pendant longtemps, la frange qui soutenait le recours à la lutte armée était majoritaire. Aujourd’hui, la tendance est inversée. Enfin, je pense qu’on a été pendant longtemps dans la caricature et qu’on a de part et d’autre creusé un fossé plutôt jeté un pont. On ne peut pas cultiver à l’envie la caricature de Corses qui seraient génétiquement violents et d’un peuple Français génétiquement non armé pour nous comprendre. Je crois qu’on peut se comprendre et partager un certain nombre de choses ensemble pour peu qu’on le désire. Toute l’idée que nous portons est un nouvel état d’esprit, et je crois que la génération d’aujourd’hui, de toutes tendances, a envie de faire les choses différemment. Je fais partie d’une génération qui s’est construite dans la prise de responsabilités et dans l’exercice de mandats politiques.