Lionel Le Maux: «Il nous faut des outils pour faire de la méthanisation à la française»

INTERVIEW La méthanisation des déchets est encore peu pratiquée en France. Le président du cluster «Biogaz Vallée» le déplore...

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Le centre de tri des déchets de Romainville (93), qui doit être remplacé par une usine de méthanisation.
Le centre de tri des déchets de Romainville (93), qui doit être remplacé par une usine de méthanisation. — SIPA

Changer les déchets en gaz, en électricité et en engrais: la méthanisation n’est pas un tour de magie mais un processus industriel compliqué encore peu développé en France. Pour en parler, le cluster «Biogaz Vallée», une association d’industriels et de représentants des collectivités locales, organisait  ce mercredi un colloque au Sénat. Son président, Lionel Le Maux, milite pour que la méthanisation agricole, qui consiste à récupérer les effluents d’élevage ou les déchets de silos pour en faire des biocarburants ou de la chaleur, devienne une véritable filière industrielle en France.

Quel était le but de ce colloque?

Nous avons créé Biogaz Vallée en novembre 2011, avec le soutien du conseil général de l’Aube, à partir d’une constatation: la méthanisation agricole en France est différente de la méthanisation en Allemagne car nous travaillons à partir de différentes ressources, tandis qu’outre-Rhin on travaille surtout avec du maïs d’ensilage. Le modèle économique et de financement est donc différent et il nous faut des outils pour faire de la méthanisation à la française. Nous avons jugé utile de faire une manifestation d’ampleur nationale pour réunir les acteurs de la filière et aborder les sujets d’acceptabilité, de transports des déchets, faire se rencontrer élus, industriels, développeurs, banquiers, assureurs…

De récents projets de méthanisation des déchets ont suscité une forte opposition dans la population. Comment comptez-vous améliorer l’acceptabilité des projets?

Aujourd’hui, en France, quand on lance un projet de bio-méthanisation, les gens réalisent qu’il s’agit d’une unité de traitements de déchets industrielle. L’acceptabilité dépend des endroits, des projets peuvent être rejetés par les riverains pour de très bonnes raisons, mais il faut prendre le temps de se poser les bonnes questions et ne pas se contenter de discours convenus et de rumeurs. Evidemment que certains projets n’ont pas fonctionné au début, c’est malheureux pour les personnes qui y ont été exposées, mais l’industrie c’est le progrès.

Après l’affaire du miel bleu lié à une unité de méthanisation de bonbons colorés, on peut quand même se demander si on maîtrise bien tous les risques de ce processus?

Il est sûr qu’il y a eu un défaut de stockage, qui n’aurait pas dû se faire à l’air libre. Ça ne doit pas se passer. Mais il y a 7.000 unités de méthanisation en Allemagne qui fonctionnent et je n’ai pas l’impression qu’il y ait beaucoup de problèmes. Le principe de précaution est bon, mais il faut qu’il soit compatible avec le développement d’une économie. Est-ce qu’on maîtrise tous les risques? Pas moins que sur un autre sujet.